Jeudi 31 juillet 2008

   Ils s'étaient évanouis pendant le transfert, ce qui était tout à fait normal la première fois qu'on utilisait le Sable de Voyage. Celui qui affirmait ne pas être tombé dans les pommes est un fieffé menteur. Lorsqu'ils reprirent leurs esprits, au bout d'un moment, ils furent complètement désorientés.Où sommes-nous ? fut la première question qu'ils se posèrent. Ils étaient bien incapables d'y répondre.

    Morgane entendit un bruit étrange, inconnu, effrayant et transcendant à la fois. Les autres aussi l'entendirent et cela les incita à découvrir ce qu'était ce nouveau mystère.

- Il me semble avoir déjà entendu cela une fois, quand j'étais petit, affirma Owen.

Il tenta de retrouver ce que c'était, en vain. Le souvenir était trop lointain, perdu dans la brumeuse mémoire d'un enfant de trois ans.

    Se guidant au son, ils débouchèrent sur une plage de galets protégée par des rochers battus par le vent et les vagues.

- Qu'est-ce que c'est ? s'écria Mey-Ling, effrayée et fascinée à la fois.

- Je crois que c'est la mer, répondit le chasseur.

Il était le seul à l'avoir déjà vue. En réalité, un autre membre du groupe l'avait également vue auparavant mais ce souvenir s'était effacé de sa mémoire.

    La mer fascinait Morgane, exerçant sur elle une puissante attraction. Il fallut beaucoup de force et d'arguments à ses amis pour la persuader de la quitter. Elle n'accepta de les suivre que quand ils lui promirent de suivre le littoral autant que possible. Cette promesse eut pour conséquence qu'ils découvrirent qu'ils avaient atterri sur un île.

     Le littoral étant vierge d'habitations, le petit groupe remonta un cours d'eau jusqu'à un hameau situé non loin de là.   Des enfants accoururent, curieux, pour les entourer et les assaillirent de questions. Malheureusement, ils parlaient une langue parfaitement inconnue, aux intonations étranges.
- Excusez-moi, nous ne comprenons pas, finit par dire Morgane, en astraïen.

- C'est à nous de vous demander pardon, répondit une petite fille dans la même langue.

par Ithilindil publié dans : Morgane et les Secrets du Passe
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Jeudi 12 juin 2008
    Une pluie de grêle avait ravagé le Duché. Elle s'était déclenchée sans prévenir et les degâts étaient considérables. La forêt en avait eu à pâtir aussi mais moins que les maisons, les champs cultivés et les bosquets chétifs qui émaillaient le pays. Les Cachés ne firent pas de magie pour réparer les dommages causés aux arbres. L'utilisation du Don les aurait dévoilé à coup sûr. L'arbre-cachette avait également subi la grêle. Certaines de ses branches pendaient lamentablement et il semblait un peu plus dégarni.
    Ce désastre n'avait pas été seulement matériel. Il y avait eu de nombreux morts et un vent de révolte et de colère soufflait sur le Duché. Un matin, des rumeurs circulèrent à propos du meurtre du fils aîné du duc. Peu après, le Duc mourut et des soldats du roi d'Alisard se montrèrent pour réclamer le Duché au nom de la Couronne. Les dissenssions politiques s'embourbèrent dans la guerre. Les citoyens du Duché n'avaient pas du tout l'intention de devenir citoyens d'Alisard. Chez les héritiers, la division régnait. Certains pensaient que c'était plus judicieux d'accepter, les autres se formalisaient d'une telle idée.
    A cause de cette situation politique instable, Ellora interdit à ses protégés de ne plus se promener dans la forêt et encore moins dans le village. Le jardin suspendu dans les branches de l'arbre-cachette et les galeries souterraines leur étaient ouverts, en revanche. Mais les adolescents avaient du mal à supporter cette situation. Des tensions se créèrent et des disputes éclataient régulièrement. Voyant que cela ne pouvait pas continuer ainsi, Vanel eut une discussion avec la jeune femme. Peu après, elle réunit ses protégés dans la salle à manger.
    Morgane étudiait un sort de magie chamanique lorsqu'on frappa à la porte de sa chambre. Abandonnant à contre-coeur le gros grimoire recouvert de cuir marron, elle se leva et alla ouvrir. Mey-Ling était là.
- Ellora nous a fait demander, expliqua-t-elle à la question muette de la jeune humaine. C'est très important à ce qu'il paraît.
- Je viens avec toi, fit Morgane en joignant le geste à la parole.
Satinka, Loup, Blanddeein et Owen les attendaient en bas, avec les autres. Il n'y avait aucune trace de Galanodel.
- Où est-il? s'enquit Morgane en regardant autour d'elle.
- Tiens? C'est vrai qu'il n'est pas là, remarqua Owen. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois?
- Hier soir, après le dîner, répondit Morgane. Ce matin, il n'était pas au petit déjeuner. J'ai pensé qu'il devait être en train de lire quelque part et je ne m'en suis pas préoccupée. Vous croyez qu'on devrait en parler à Ellora et Vanel?
- Il vaudrait mieux, acquiesca Blanddeein.
    Tous les regards étaient tournés vers Ellora, attentifs à ce qu'elle allait dire. La jeune femme, habillée d'une robe blanche aux motifs bleu ciel, prit son temps avant de commencer son discours. Elle voulait être sûre d'avoir bien réfléchi à la question avant de se lancer. Finalement, elle se leva.
- Depuis quelques semaines, des troubles secouent cette région et nous obligent à rester cloîtrés pour notre propre sécurité. Nous sommes emprisonnés, en fait, et je comprend que vous ne puissiez pas le supporter plus longtemps. Alors, avec Vanel, nous avons cherché une solution à ce problème. Voici ce que nous en avons conclu : il est improbable que la situation s'améliore rapidement. Je pense même qu'elle va se détériorer. Il nous semble donc plus judicieux de vous renvoyer dans vos pays d'origines. Vous y serez en sécurité et n'aurez pas besoin de vous cacher. Je sais que vous avez été envoyés ici par vos parents et vous vous demandez sans doute pourquoi. Il ne m'est pas encore possible de vous le révéler. Je n'en parlerai donc pas plus longtemps. Maintenant, je vous donne le choix. Ceux qui veulent rentrer chez eux, lèvent le doigt. Pour ceux qui veulent rester, sachez que vous ne pourrez pas sortir pour autant et qu'une fois votre décision prise vous ne pourrez pas revenir en arrière.
    Un silence de mort était tombé sur l'assistance. Petit à petit, des mains se levèrent. La majorité des Cachés voulait rentrer chez elle. Neuf d'entre eux choisirent de rester : Morgane (qui n'avait aucun autre endroit où aller),  Blanddeein, Loup, Satinka, Owen, Mey-Ling (qui ne voulaient pas la laisser toute seule), Calippe un sphynx, Astryd une vamora (femme-renard) et Luidel une fée.
    Ellora était retournée à son bureau pour préparer le départ des volontaires. De légers coup frappés contre le bois de la porte lui firent lever la tête.
- Vous pouvez entrer.
Morgane entra et referma la porte derrière elle.
- Tu as quelque chose à me demander?
- Oui, euh ! Ellora, Galanodel a disparu.
    Vanel fut chargé par Ellora d'organiser les recherches du jeune homme.
- Est-ce que nous pouvons vous aider?
C'était Morgane qui venait de poser la question. Loup, Satinka, Blanddeein, Owen et Mey-Ling l'accompagnaient. Ils avaient tous l'air résolu à rechercher leur ami, même sans l'accord de leurs protecteurs. Mieux valait donc accepter pour garder un oeil sur eux.
    Ils se dirigeaient vers la porte quand une voix douce, enchanteresse, devenue familière, les arrêta.
- Si vous cherchez votre ami, je vous suggère de dessiner le symbole de la lune dans ceci.
Edael leur tendit une petite boîte rectangulaire de bois brun-rouge, remplie de sable coloré bleu, vert et or.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Loup avec curiosité.
- Le Sable des Voyages, un sable magique qui vous amène dans des lieux différents pour peu que vous sachiez tracer les symboles idoines. J'en ai donné à Galanodel.
- Pourquoi avoir fait cela, Edael ? s'enquit Vanel, très étonné.
- Parce qu'il est temps pour ces sept adolescents de suivre le cours de leur vie. Ils n'ont plus rien à faire au Duché.
- Mais... mais ! Cela signifie que nous ne reverrons plus jamais Ellora et Vanel?
- Personne n'a dit cela, Morgane. Comme vous, Vanel, Ellora et les autres Cachés n'ont plus rien à faire dans ce pays. Cependant, pour le moment, vos chemins se séparent. Ils se recroiseront dans le futur.
- Comment le savez-vous ?
- Parce qu'il ne peut en être autrement.
    Les paroles du jeune homme étaient énigmatiques mais ils durent s'en contenter. Pour tracer le symbole de la lune, un simple croissant entouré de huit rayons, il fallait une magicienne. Ils confièrent le sable à Satinka qui était la meilleure en dessin. Morgane avait une dernière question.
- Etes-vous sûr que nous retrouverons Galanodel ?
- Oui, ayez confiance.
    Satinka avait fini de dessiner le symbole. 
- Ecartez-vous, dit Edael à Vanel.
Tous deux se mirent à l'abri pendant qu'une petite tornade emportait les adolescents dans le sable.
- Où les avez-vous fait partir, Edael ?
- Sur une île où ils apprendront beaucoup de choses.



   

par Ithilindil publié dans : Morgane et les Secrets du Passe
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Mercredi 27 février 2008

     Tout le monde, du moins ceux qui étaient présents dans la salle à ce moment-là, retint son souffle. Un même "ah" de surprise sortit simultanément de toutes les bouches quand le jeune homme releva la tête. C'était un adolescent d'une beauté stupéfiante, ses cheveux noirs tombaient en mèches soyeuses sur ses épaules, son visage ovale était finement ciselé, ses yeux en amande étaient grands et plein d'intelligence et de vivacité d'esprit, sa peau claire, ses doigts longs et fins. Le plus étonnant était ses yeux sans pupilles et ses oreilles pointues. Il n'était pas humain et Morgane comprenait à présent pourquoi il était pourchassé et devait cacher son visage. Elle éprouva de la compassion pour lui.
     - Quel est ton nom? lui demanda Ellora avec beaucoup de gentillesse.
- On m'appelle de beaucoup de manières: eh toi là-bas, vaurien, sacripant, filou, étranger, monstre. Cependant, ma mère m'avait donné le nom de Galanodel, madame.
On sentait au ton de sa voix toute l'amertume accumulée lors de ses années mis au ban de la société.
- Où est ta mère, Galanodel? 
La voix d'Ellora était très douce et persuasive. 
- Elle est morte, madame.
Il serra les poings et une lueur de colère passa dans ses yeux argentés.
- Ici, tout le monde m'appelle Ellora. Je t'en prie, fais de même, je ne suis pas assez vieille pour qu'on m'appelle madame. 
- J'essaierai... Ellora.
- Tu dois avoir faim, supposa Ellora, ravie. Je vais demander à Amameli de te préparer un repas.
- Merci beaucoup. Il est vrai que je ne me souviens plus la dernière fois que j'ai mangé un vrai repas. 
    Afin que Galanodel puisse manger tranquillement, Ellora le conduisit dans l'antichambre de la cuisine, sous terre. La pièce était ronde, petite, était meublée d'une petite table, d'une chaise et sentait bon la cire d'abeille. Il s'assit, visiblement soulagé de pouvoir le faire en toute sécurité, soupira de fatigue et remercia Ellora une fois de plus. 
   La jeune femme remarqua qu'il se tenait raide et prêt à bondir au moindre signe suspect. Il n'était pas encore tout à fait en confiance. Elle resta donc à distance et lui dit que le repas lui serait bientôt servi.
- Je dois m'occuper de quelques affaires qu'il ne faut pas faire attendre, ajouta-t-elle.
- Oh, bien sûr, ne vous faites pas de soucis pour moi, répondit-il polimment.
     - Que penses-tu de cet adolescent? s'enquit Vanel.
Ils étaient dans le petit bureau d'Ellora, au deuxième étage. 
- Il est très méfiant et je perçois beaucoup de souffrance au fond de lui. Il n'a pas dû beaucoup connaître d'amour dans sa vie. Il est très sauvage et il sera difficile d'obtenir sa confiance. 
- Je vois, fit sombrement Vanel. 
Ellora éclata de rire devant l'expression de son visage. Il haussa un sourcil interrogatif.
- Si tu voyais la tête que tu fais, Vanel.

   Ellora avait vu juste. Il leur fallut beaucoup de patience et de douceur pour que Galanodel leur fasse confiance. Et encore, cette confiance était fragile et pouvait être rompue à tout moment. Il parlait très peu et ne se confiait jamais sur sa vie et sur le décès de sa mère. Pourtant, Ellora désirait en savoir plusàa ce sujet car elle pressentait que cela était en rapport avec sa décision de faire disparaître des gens. 
   Il était un excellent magicien, le meilleur des Cachés. Meilleur que Morgane et ses quatre amis disparus. Il n'avait pas besoin de lire deux fois un parchemin pour en apprendre le sort. En fait, il n'avait pas vraiment besoin de lire un parchemin. Il utilisait la magie de manière innée, il lui suffisait de penser au sort qu'il voulait jeter et au but de ce sort pour que celui-ci soit activé. Ce don rendait certains vert de jalousie. Surtout chez ceux, parmi les moins doués, qui se croyaient les meilleurs en magie et se pavanaient sans cesse. La maîtrise nonchalante du jeune homme leur fit grincer des dents.
  C'éait à l'heure du déjeuner. Tous les Cachés étaient réunis dans la salle à manger autour d'un repas roboratif. Seule une chaise était vide, à la table de Morgane. Galanodel n'était pas encore arrivé. Les conversations allaient bon train et l'air était empli d'une délicieuse odeur de tourte à la viande. 
   A la table derrière celle de Morgane étaient assis ceux qui étaient jaloux du talent de Galanodel: une naïade prétentieuse, un fadet arrogant et un sphynx méprisant. Ils discutaient à propos de l'adolescent et ne faisaient même pas l'effort d'être discrets.
- Il est étrange qu'il soit aussi doué pour la magie, dit la naïade. Cela cache sûrement quelque chose de louche.
- Oui, on ne peut pas être aussi désinvolte en lançant un sort de niveau supérieur sans avoir au préalable appris la magie auprès de maîtres du Sombre Savoir, approuva le sphynx, d'un ton sentencieux.
   Le Sombre Savoir était une forme de magie, mais maléfique. Ses utilisateurs révéraient des démons et s'adonnaient à toutes sortes de rituels vicieux et a des sacrifices d'animaux voire d'humains. Certains disaient que l'existence de cette magie était une légende, d'autres affirmaient qu'elle existait bel et bien et que son usage était plus répandu qu'on ne le supposait. De plus ceux qui apprenaient cette magie montraient des aptitudes phénoménales à l'apprentissage des sorts quels qu'ils soient et une maîtrise dédaigneuse à faire pâlir d'envie tous les autres, du moins c'est ce que les croyants de la légende affirmaient.
  Apparemment, les trois compères y croyaient dur comme fer.
- Il faudrait le dénoncer à Ellora et Vanel, affirma le fadet. En plus, c'est un criminel on devrait le dénoncer aussi auprès des autorités.
- Dénoncer qui? demanda une voix mélodieuse dans leur dos.
Galanodel se tenait debout, le visage sans expression, les bras croisés. Les trois sursautèrent et regardèrent autour d'eux pour voir s'il y avait une échappatoire. Il n'y en avait aucune et il n'y avait pas non plus d'aide a espérer de quiconque. Ils furent donc obligés de répondre:
- Euh, de... non, ce n'est rien... oublie ça, bégaya le sphynx, qui s'était ratatiné.
- Je déteste qu'on parle de moi dans mon dos. Si vous avez des motifs de vous plaindre de moi, parlez-en moi directement au lieu de dire des médisances.
Sa voix était devenue métallique. L'attention générale se porta sur eux.
    - Premièrement, ce n'est pas de ma faute si vous n'êtes pas doués pour la magie, donc arrêtez de baver votre jalousie sur moi. Deuxièmement, je n'ai aucune idée de ce qu'est le Sombre Savoir et je sais pertinemment que je n'ai aucun désir de le savoir. Troisièmement, ne vous gênez pas pour me dénoncer à Ellora et Vanel, je n'ai rien à leur cacher. Et vous voulez me dénoncer en tant que criminel auprès des autorités? Mais faites donc. Il faudra que vous leur expliquiez comment vous m'avez rencontré et su que j'étais un magicien, car je peux vous assurer que les "honnêtes" gens en sont incapables. Vous aussi seriez arrêtés et comme vous ne me semblez pas tres doués non plus pour vous échapper d'une prison, vous risqueriez d'y moisir jusqu'à la fin de votre vie.  
    Un silence profond suivit la fin de sa tirade. A ses yeux assombris, semblables à une mer déchaînée par la tempête, on pouvait voir qu'il était dans une colère noire. Il haussa les épaules et s'assit à côté de Satinka. La vampire remarqua que ses épaules tremblaient de fureur. 
- Bien envoyé, approuva Loup d'une voix retentissante.
- Merci, répliqua Galanodel en s'inclinant.
    - Mais tu ne peux nier que tu es un criminel, objecta une demi dryade-lutine, qui n'avait pas froid aux yeux.
Galanodel soupira et répondit, d'un ton las:
- Je suis peut-être un criminel, mais je ne suis pas un meurtrier et ces gens méritaient le sort que je leur réservais. 
- Tu as une vue spéciale du crime, toi.
- Ces personnes ne sont pas mortes. Elles sont justes sur un autre monde. 
- Comment le sais-tu?
- Fais-moi confiance, je ne vais pas m'abaisser à tuer ces ordures. 
     Vanel et Ellora avaient observé la scène avec attention, se gardant bien d'intervenir. Après le repas, Ellora convoqua les trois faiseurs de trouble et Galanodel. Elle parla longuement et sévèrement aux premiers. En des mots très polis mais très clairs, elle leur fit comprendre que s'ils ne changeaient pas d'attitude très vite, ils allaient le regretter et ce n'était pas des paroles en l'air. Puis, elle les punit car elle avait horreur qu'on se comporte comme ils l'avaient fait.
      Une fois qu'ils furent partis faire leur punition (classer les Parchemins Rétifs par ordre alphabétique, ce qui était impossible puisque ces parchemins refusaient d'être classés par ordre, d'où leur nom), Ellora parla à Galanodel.
- Il est temps que tu me parles de tes motivations, Galanodel. Je sais que tu es tres indépendant et très secret mais il pourrait être utile que j'en sache plus sur toi. Je pourrai ainsi te protéger et témoigner pour toi si le besoin s'en faisait ressentir. Ces gens étaient liés à la mort de ta mère, n'est-ce pas?
- Vous êtes très perspicace, Ellora. En effet, ils sont liés à sa mort et très directement. Ils l'ont tuée.
Sa voix était sourde et vibrante de chagrin. 
- Raconte-moi tout, s'il te plaît.
- Je voudrais le faire devant Morgane, Satinka, Blanddeein, Mey-Ling, Owen et Loup aussi. Ils n'arrêtent pas de me poser des questions et je n'ai pas envie de raconter deux fois cette histoire.
- Très bien, je vais les chercher.

       C'était dans une des contrées de l'Ouest, une de ces contrées rejetées par les autres en raison de sa tolérance envers la magie. Un duche, sur les terres d'un très ancien royaume disparu depuis longtemps. Dans une maison isolée au fond d'une vallée boisée et encadrée par de hautes montagnes, un couple vivait heureux. Ils étaient jeunes, très amoureux et tres heureux. La vie leur souriait, ils étaient insouciants. Ils avaient l'éternité devant eux. A leurs oreilles pointues et leur yeux sans pupilles on devinait aisement qu'ils n'étaient pas humains. L'homme avait des yeux dorés et des cheveux noirs. La femme avait des cheveux auburn et des yeux argentés. 
       Pour gagner leur vie, il travaillait au village comme ébéniste. Son travail du bois lui attirait beaucoup de clients. Tout allait bien, ils s'entendaient bien avec les villageois. La femme tomba enceinte. Peu de temps apres, des problèmes économiques survinrent au village et l'homme décida d'accompagner une caravane en temps qu'escorte pour gagner un peu plus d'argent. Il ne revint jamais. Une tempête se déclencha sur la montagne et son corps fut retrouvé bien des mois plus tard. 
     L'économie du village retrouva sa vigueur et les villageois aidèrent la pauvre future mère. Les vieilles dames cousaient et tricotaient des layettes et des couvertures pour le bébé. Les jeunes femmes lui apportaient à manger et lui faisaient le ménage. Tout le monde s'évertuait à lui rendre le sourire et à lui adoucir la vie. 
    Un mois avant son accouchement, des étrangers venus des contrées de l'est s'installèrent au village. Tout changea alors. Ces gens étaient des brutes grossières et cruelles qui n'avaient pas de plus grand plaisir que de torturer les gens, sans distinction de sexe ou d'âge. En plus ils étaient lâches, ne s'attaquant jamais seul à seul à quelqu'un qui pouvait leur en remontrer. Les gens avaient peur et n'osaient plus sortir de chez eux. Cependant, les plus courageux continuaient à rendre visite à la jeune femme, dans sa maison isolée.
   Bien qu'étant des brutes épaisses, les étrangers remarquèrent qu'ils allaient tous se promener sur un petit sentier conduisant à la montagne, à différents moments de la journée. Ce manège finit par les intriguer et ils décidèrent de suivre aussi ce chemin. 
    La jeune femme avait accouché dans la nuit, elle sommeillait dans son lit, le bébé dans un hamac accroché au plafond au-dessus de son lit, selon la tradition de son peuple. Un soleil resplendissant, de fin d'automne luisait au-dehors. Elle se réveilla soudain, mue par un sixième sens, prit le bébé dans ses bras et se rua vers la porte. En voyant des hommes robustes,l'air grossier et brutal,arriver en ricanant, elle poussa un cri d'effroi et se précipita sur le chemin qui menait à la forêt, derrière la maison. L'un des hommes cria quelque chose et ils accélérèrent l'allure.
     Elle courait vite d'ordinaire, mais son récent accouchement et son bébé ralentissaient son allure. La peur lui tenaillait le ventre, lui broyait le coeur. Elle pouvait presque sentir leur souffle aigre dans son dos. "Non, non", pensa-t-elle éperdue. Elle accéléra l'allure. Ils n'étaient pas loin, leurs beuglements bestiaux s'étaient rapprochés. Ils riaient grassement. Elle n'allait pas pouvoir leur échapper, déjà  ils l'encerclaient. Ils l'insultaient, lui lançaient toutes sortes de projectiles, parce qu'elle n'était pas comme eux. A cause de ses yeux et de ses oreilles. Elle ne comprenait pas ce qu'ils disaient mais elle sentait parfaitement leur haine. Leur envie de tuer. Leur joie de la voir terrifiée, acculée comme un animal sauvage aux abois. 
   Elle trébucha sur une racine. Ils hurlèrent de rire et se rapprochèrent, comme une meute affamée,ils l'encerclèrent. Elle ne pouvait plus s'échapper, elle cacha son nouveau-né sous les feuilles et se releva pour affronter ses tortionnaires. Ils ricanèrent, la provoquèrent. Elle perdit la tête, de peur et de colère. Le noir. Elle tomba près de son enfant, agonisante et utilisa ses dernières forces dans un sort magique qu'elle posa sur l'enfant. Le bébé avait inexplicablement dû comprendre qu'il ne devait pas pleurer car il etait resté silencieux tout le temps. Le sort agissant, ses yeux se firent moins étirés et des pupilles y apparurent, ses traits moins fins et ses oreilles s'arrondirent. Mais le sort avait un autre effet, qui se devoilerait bien longtemps après.
   Ce fut une jeune villageoise qui les retrouva. La jeune femme n'avait pas encore rendu son dernier soupir et elle lui dit, haletante: 
- Prend mon bébé avec toi. Il s'appelle Galanodel.
Puis, elle mourut.

     Galanodel passa en silence toutes les années de sa vie depuis ce jour jusqu'au moment où il avait decidé de venger sa mère. Cela le faisait trop souffrir. Personne n'eut le mauvais goût d'insister.
- Il y a quelques mois, je me suis reveillé en faisant des cauchemars.Je rêvais toujours de la même chose: ce que je viens de vous raconter. Je ressentais au plus profond de mon être la peur, la souffrance de ma mère et la mienne. Puis, j'ai entendu sa voix dans mon esprit, un souvenir des derniers mots qu'elle m'a dit. "Je t'aime Galanodel. Pardonne-moi de n'avoir pas su te protéger." Ensuite, j'ai vu ses larmes et le sang qui ruisselait sur son visage. J'ai entendu les rires horribles de ses assassins et me suis juré de la venger.
Il avait terminé son recit. Un long silence plana sur les têtes.
     - Je peux te poser une question? demanda Morgane au jeune homme.
- Oui, répondit-il avec un peu d'hesitation.
- Où as-tu vécu apres le décès de ta mère?
- La jeune villageoise m'a ramené chez elle et j'ai été élevé dans sa famille pendant un mois. Ensuite, tous les membres de cette famille ont été décimés par une maladie et je suis le seul à avoir survécu. Alors les autres villageois m'ont recueilli.
- Les  hommes responsables de la mort de ta mère étaient-ils toujours au village? s'enquit à son tour Mey-Ling.
- Non, ils sont repartis peu après. Ils n'y trouvaient plus aucun intêret.
- Tu as vécu jusqu'à quel âge au village?
- Mes un an. Après, je ne sais pas pourquoi j'ai été éleée par des caravaniers pendant quelques temps. Le sort de dissimulation qui rendait mes traits humains s'est estompé et ils m'ont traités comme un monstre. Je n'ai pas envie de parler de cela. J'ai appris très vite à cacher mon visage et à me méfier des gens.

    Passer son temps dans l'arbre-maison était ennuyeux à la longue, même s'il y avait le jardin suspendu, entre les branches de l'arbre. Consciente de cela, Ellora avait permis aux adolescents de sortir la nuit et par petits groupes dans la forêt tout en leur faisant promettre d'observer les règles de prudence : ne pas trop s'éloigner, rentrer au moindre bruit suspect et ne jamais faire en sorte que quelqu'un devine où était la cachette. Même si personne ne venait jamais dans cette forêt, on n'était jamais trop prudent.
    Un jour, Amameli se rendit au marché du village pour acheter des provisions. La brave dame était humaine et assurait la liaison entre le monde extérieur et les Cachés. Elle connaissait Ellora depuis son enfance et lui était très attachée. 
     Le marche était un endroit ouvert, toujours bondé. C'était un lieu d'échanges où les nouvelles circulaient plus vite qu'ailleurs. Il y avait aussi plus de denrées au marché que dans les boutiques et elles étaient plus fraîches et moins chères. 
     Poussant sa brouette, Amameli fit ses courses. Elle acheta deux kilos de concombres et trois kilos de champignons a un maraîcher, une demi carcasse de veau à un boucher, plusieurs pâtés à un charcutier et de la farine à un meunier. Elle laissa aussi ses oreilles traînaient et écouta les conversations. 
      Ellora lui trouva un air de parfait conspirateur à son retour.
- Vous avez découvert quelque chose d'intéressant, n'est-ce pas, chère Amameli?
- On ne peut rien vous cacher, Ellora. C'est vrai, j'ai découvert pas mal de choses. Je pense que cela intéressera aussi Vanel.
- Très bien, je vais lui demander de venir.
      - Dites nous ce que vous avez appris, s'il vous plaît, Amameli.
- Oui, Ellora. Le Duc est sur le point de mourir. Les rumeurs disent que c'est l'affaire de quelques jours, quelques semaines tout au plus et il n'a designé aucun heritier. Or, c'est là que les problèmes commencent. La loi du Duché est claire sur ce point: l'héritier doit être designé par son prédécesseur ou choisi par le peuple, dans le cas où le Duc n'aurait pas eu le temps de le faire avant de mourir. Le Duc a plusieurs fils et neveux mais il n'aime aucun d'eux. Ils ne sont pas non plus populaires auprès de la population. En outre, le Duché était une ancienne province d'Alisard. Elle est devenue independante il y a un siècle. La condition était que le Duc serait choisi selon ces deux méthodes. Dans le cas échéant, le Duché redeviendrait province du royaume.
- Je suis étonnée, Amameli. Comment sais-tu tout cela?
- J'ai fait mes classes vous savez, Ellora. De plus, j'ai beaucoup réfléchi au sujet de ces émeutes qui ont eu lieu dans différentes villes du continent. Cela se recoupe avec des rumeurs du désir d'expansion des deux royaumes.
    Il y avait deux royaumes en Astraië: Alisard à l'Est et Sharkand au Sud. Ces deux royaumes avaient toujours étaient rivaux et s'ils arrivaient à s'étendre, gobant tous les petits pays autour d'eux, par le jeu des alliances et des unions, la guerre qui ne manquerait pas d'éclater s'étendrait à tout Astraië. Les premières victimes en seraient les Cachés qui n'auraient plus d'abris et seraient à la merci des Inquisiteurs.
- Si un Duc n'est pas élu, vous pouvez être sûrs qu'Alisard s'emparera de Berham et, continuant sur sa lancée, annexera les comtés et marquisats voisins, dit Vanel.
Amameli hocha la tête.
- Il faut donc nous préparer à l'éventualité d'une guerre. Je vais chercher une cachette plus sûre. J'aimerais être seule pour pouvoir réfléchir, si cela ne vous dérange pas.
     Le problème de succession s'étendait à tous les niveaux de la vie du Duché. Les prétendants luttaient entre eux, ne se souciant que de l'héritage et du profit qu'ils pourraient en tirer. Alisard se frottait les mains et attisaient ces rivalités. Des gens étaient retrouvés pendus pour avoir travaillé pour l'un ou l'autre des frères ou des neveux. Un climat de peur s'était installé. Ellora, sentant l'urgence de trouver une autre cachette, ne sortait plus de son bureau et passait ses journées à prospecter.
     Bien entendu, les sorties avaient été annulées et les Cachés devaient se contenter de prendre l'air dans le jardin suspendu ou dans les galeries souterraines. Du coup, les jeunes s'ennuyaient un peu.
- Nous ne pourrons nous cacher toute notre vie, dit Galanodel. Il faudrait trouver une autre solution.
- Pourquoi ne pas nous en aller sur une terre plus accueillante? proposa Mey-Ling.
- Parce qu'il n'y a pas d'autre terre qu'Astraië, répliqua Blanddeein. 
- Si, il y a bien la Terre d'Or, objecta Morgane. Et Avandir, l'île aérienne. 
- Ce ne sont que des légendes.
- Excuse-moi, Blanddeein, mais Jaurine et Amarante étaient originaires de la Terre d'Or et les jumeaux venaient d'Avandir. 
- Inutile de se creuser la tête à chercher un autre endroit.
Ils se tournèrent vers Satinka.
- Pourquoi? demanda Loup.
- Parce qu'il y a sans doute une bonne raison pour que des gens qui n'ont rien à voir avec Astraië y étaient envoyés. Il y a une bonne raison pour que nous soyons là.
         Morgane réfléchit, absorbée par les paroles de la vampire. Ce que venait de dire Satinka était juste, ils avaient une mission sur Astraië. Mais laquelle? Elle sentit soudain un poids énorme sur ses epaules. Elle avait beaucoup de choses à penser pour une adolescente de quinze ans. De plus, elle avait une question qui lui tenait à coeur.
- Si vous voulez bien m'excuser, je dois aller voir Ellora.
Ses amis la regardèrent partir avec étonnement.
       Ellora, malgré qu'elle fut débordée par ses recherches d'une nouvelle cachette, accepta de recevoir la jeune fille.
- J'ai une question à vous poser, Ellora.
- Je t'écoute, Morgane.
- C'est à propos de Galanodel. Savez-vous de quel peuple il vient? Il n'est assurément pas un Humain, comme moi.
- Non, il n'est pas Humain. Je ne sais pas, il est peut-être issu d'une race de fées rarissime.
- J'ai lu dans un livre de mythologie quelque chose sur des elfes et sur la Terre d'Argent. Se pourrait-il qu'il en soit un?
- Non, la Terre d'Argent et les elfes ne sont que des mythes, créés pour encourager les enfants à se surpasser. On dit que la Terre d'Argent se situe à l'ouest. Des marins ont tenté de s'y rendre. Ils ont navigué des semaines entières et sont revenus sur Astraië sans avoir rencontré d'autre terre que l'île ambulante de Lyonesse.
- Oh! Donc, la Terre d'Argent et les Elfes n'existent pas? dit Morgane déçue.
- Non, ils n'existent pas.
       En revenant auprès de ses amis, Morgane vit un fantôme qui l'attendait derrière le petit groupe.
- Que voulais-tu à Ellora? lui demanda Mey-Ling en l'apercevant.
L'adolescente ne répondit pas. Elle ne regardait même pas dans leur direction. Elle semblait fixer un point vide dans leur dos. 
       - Qui êtes-vous? demanda Morgane au fantôme.
- Peu importe mon nom, j'ai une chose importante à te transmettre, Morgane la Médium. Méfie-toi des apparences. La réalité n'est pas forcément ce qu'elle semble être. Apprend à voir au-delà du voile.
Sur ces paroles énigmatiques, il disparut.
    - Je me demande ce qu'il a voulu dire par là, fit Galanodel en regardant pensivement l'endroit où le fantôme se tenait un instant auparavant.
Les autres le regardèrent, abasourdis. Ils ne comprenaient pas de quoi il parlait, sauf Morgane qui ne comprenait pas comment il avait su pour le revenant. Les questions fusèrent en même temps :
- De quoi parles-tu?
- Comment as-tu su?
Il leva les mains en signe de protection et s'expliqua.
- Il y avait un fantôme, il y a juste un instant près de nous. Il a dit à Morgane de voir au-delà des apparences et je me demande ce qu'il voulait dire.

- Tu l'as vu? Je croyais être la seule à pouvoir le faire.

- Visiblement, non. Bien que va-t-on faire par rapport à ça?
- Rien, pour le moment. Je veux me consacrer à autre chose, auparavant.
- As-tu besoin d'aide?
-Pas pour le moment. Merci de l'avoir proposé.

    Ellora avait décidé que pour le moment, chercher une autre cachette était trop incertain. Du fait de l'instabilité politique de Berham, les routes et les frontières étaient étroitement surveillées et il était trop dangereux pour les Cachés de s'y risquer. Comme il était aussi périlleux pour Amameli de continuer à aller au village, Galanodel ensorcela un moineau pour qu'il leur serve d'espion. Ainsi, ils avaient régulièrement des nouvelles fraîches du dehors. Ces nouvelles étaient fort peu réjouissantes et les visages étaient préoccupés. Personne n'avait envie de s'amuser. Même s'ils n'étaient pas citoyens du Duché, la situation politique les touchait indirectement. Ils craignaient pour leur vie.

    Un jour, l'oiseau-espion de Galanodel rapporta de terribles nouvelles qui accablèrent les Cachés : une guerre était déclarée entre les héritiers et cette guerre divisait la population selon le "candidat" que les gens étaient obligés de soutenir. L'issue de ce conflit était évident : Alisard allait annexer Berham.

    Si les Cachés avaient pu espionner au château de Valisard, leur crainte aurait été confirmée. Dans les salles secrètes du palais, le roi et ses plus proches ministres préparaient l'annexion de Berham et fomentaient des complots pour parvenir à leurs fins.


par Ithilindil publié dans : Morgane et les Secrets du Passe
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Vendredi 22 février 2008

       Les rues du village étaient si pleines de monde qu'il était très difficile pour les trois amis de rester ensemble et ils devaient souvent jouer des coudes pour se frayer un chemin. Les gens à qui se traitement était appliqué ne semblaient même pas s'en rendre compte, ils s'écartaient et reprenaient leur route comme si de rien n'était.
       Les conversations tournaient autour de trois sujets: les Forains qui venaient au village ce jour même pour amuser la population, les prévisions pour le printemps à venir et des énigmatiques disparitions qui se produisaient depuis quelques temps. Ce dernier thème intéressait tout particulièrement les adolescents.
       Ils s'approchèrent d'une fontaine ou des femmes bavardaient. Elles avaient l'air préoccupé et leur conversation ne tournait qu'autour de la disparition soudaine du mari de la cousine de l'une d'elle.
- C'est arrivé hier soir, disait-elle. Il rentrait de la taverne où il a l'habitude de boire après son travail. J'ai toujours dit à ma cousine que son mari finirait mal s'il continuait à boire tous les soirs. J'avais raison, n'est-ce pas? Il était sur le chemin de sa maison, je le sais le petit Orian l'a vu, quand soudain plus personne.
- Y avait-il ce mystérieux personnage dont tout le monde parle et qui semble lié à ces disparitions? demanda une des amies de la femme.
- Je ne sais pas. Il y avait bien quelqu'un oui, mais Orian a été incapable de nous le décrire. Il a juste vu une silhouette sombre qui s'est très vite volatilisée, aussi n'est-il pas tout à fait sûr de lui à ce sujet.
      Soudain, d'une rue adjacente, accourut un jeune garcon complètement affolé.
- Qu'y a-t-il Orian? s'enquirent les femmes.
-
Il y a de nouvelles disparitions, elles se sont produites juste à l'instant. Le mystérieux personnage est toujours là.
       Morgane et ses amis ne perdirent pas de temps. Dès que le dénommé Orian eut indiqué la direction où il se trouvait ils 'y rendirent au pas de course.
       C'était sur une petite placette qui ne trouvait pas beaucoup de passage. Ce jour-là, par contre, elle était plus noire de monde que les deux autres places du village. Le petit Orian avait fait diligence pour prévenir tout le village. Il ne fut pas aise pour les trois compagnons de parvenir jusqu'au milieu de la placette. En chemin, Morgane fut séparée de Satinka et d'Owen, mais elle ne s'en aperçut pas. Elle arriva finalement au milieu de la placette où un jeune adolescent de son âge défiait tout le monde du regard. Il était de taille moyenne, paraissait plus mince et plus agile que les adolescents de son âge. Il était difficile d'en faire un portrait précis car une cape noire l'enveloppait entièrement et masquait son visage. En fait il n'était même pas certain qu'il fut un adolescent. 
        Pour une raison obscure, les gens n'osaient pas s'approcher de lui. Même, au fur et à mesure que les minutes s'enfuyaient, la foule s'éclaircissait. Il n'y eut bientôt plus qu'une vingtaine de personnes sur la placette. Morgane chercha ses amis du regard mais eux aussi n'étaient plus là. Elle haussa les épaules, ne se sentant nullement en danger et reporta son attention sur le personnage.
        Il avait baissé la tête et on ne voyait que le sommet de sa capuche. Toutefois, ce n'était pas un signe de soumission. Il respirait paisiblement et semblait attendre quelque chose. Morgane s'approcha de lui, faisant la sourde oreille aux mises en garde et aux  "reviens !" des gens derrière elle. 
- Qui es-tu et que veux-tu?
- Qui je suis et ce que je veux ne te regarde pas.

Manifestement, il n'était pas originaire d'ici, ni d'aucune contrée du centre d'Astraië. Peut-être venait-il des mystérieuses contrées de l'ouest? Sa voix était envoûtante, comme l'était celle d'Edael ou des Potentielles. Cependant, une note de tristesse s'y cachait et Morgane, très sensible, la décela tout de suite.
- Pourquoi fais-tu ça à ces pauvres gens?
- Ces pauvres gens? reprit-il. Sa voix était devenue metallique, cinglante. Ces pauvres gens méritent ce qui leur arrive.
- Comment cela? Veux-tu me l'expliquer?
- Non, cela ne te concerne pas.
- Peut-être, mais sais-tu que tu vas te faire attraper tôt ou tard et jeté dans les cachots des prisons de l'Inquisition? Tu ne pourras pas fuir et te cacher très longtemps.
Il réfléchit un instant, se remémorant ses nuits courtes où il ne dormait que d'un oeil pour éviter de se faire surpendre, ses longues routes solitaires où il prenait des chemins souvent dangereux. Il ne restait jamais longtemps au même endroit et il y avait belle lurette qu'il n'avait pas dormi dans un vrai lit ni pris un bon bain. Il se rendit compte à quel point cela lui manquait.
- Que me proposes-tu? demanda-t-il.
- Je ne peux pas t'en parler devant tout ce monde.
- Ne t'inquieèe pas pour eux, fit-il d'un ton désinvolte. Ils n'entendent rien et ne se souviendront certainement pas nous avoir vus.
- Que leur as-tu fait? Alors, c'est vrai. Toi aussi tu es un magicien.
- Je ne sais pas ce que je suis. Tout ce que je sais c'est que je fais des choses qui m'ont valu d'être rejeté par les miens depuis ma plus tendre enfance. De plus, je suis toujours obligé de me couvrir le visage car mon apparence rend les gens hystériques. Bon, que me proposes-tu?
- D'abord, je veux retrouver mes deux amis. Ensuite, je t'emmenerai dans un endroit où tu seras en sécurité.
- Comment puis-je te faire confiance? 
Elle passa une main sur son front et effaça le sortilège qui masquait son étrange cadeau donné par la magie.
- Je suis une magicienne moi aussi et entre magiciens nous devons nous entraider.
Elle repassa la main sur son front et les arabesques disparurent. Il la regarda un instant et répondit:
- D'accord, je te suis.
      Ils empruntèrent grandes places du village. Morgane se dit qu'elle avait eu une bonne idée de se déguiser car elle aurait pu difficilement se faire passer pour une personne du cru avec ses cheveux châtains foncés et ses yeux améthyste.
       Les forains étaient tous d'origines différentes et Morgane se demanda comment ils faisaient pour se supporter, sachant que ses comparses n'étaient pas très xénophiles. 
        La danseuse du ventre par exemple semblait venir des régions du sud d'Astraie. Ses cheveux sombres et bouclés, sa peau brune, sa beauté sauvage la classaient comme une Méridionale. Morgane supposait qu'elle venait d'Amberiame, vu la forme de son visage et la robe à volants aux vives couleurs qu'elle portait.
        Le montreur d'ours était de toute évidence originaire de Ventourie. Ce comté, tout au nord d'Astraie, était réputé pour ses montagnes et ses forêts peuplées d'ours. L'ours était un animal sacré pour les Ventouriens. L'homme avait une forte corpulence, ses cheveux blonds étaient en broussailles et son faciès était large mais empreint d'intelligence. Il était taillé pour affronter les rudes mois d'hiver où le vent soufflait avec puissance et la neige montait jusqu'à la taille des hommes.
        Certains forains venaient d'autres régions du centre d'Astraië. Celles qui se situaient plus à l'ouest. Il y avait des gens du nord-est. Ils ressemblaient beaucoup à Owen et la jeune fille se demanda tout à coup si le jeune chasseur n'était pas originaire de la Baronnie de Viliaquie. Après tout, les forêts viliaques étaient très giboyeuses. Elle se promit de le lui demander dès qu'elle le reverrait. Il y avait même un représentant d'un des mystérieux pays occidentaux. Elle en fut étonnée car les Occidentaux étaient des gens réservés, énigmatiques, souvent rejeteé par les autres peuples en raison de leur attitude tolérante envers la magie et les peuples magiques. Mais, il n'était pas très facile d'accéder à ces regions protégées par des lacs profonds, des rivières traîtresses et des montagnes inflexibles. 
       Jadis, deux royaumes de grand influence s'étendaient de part et d'autre de ces montagnes.  On ne savait rien de leurs civilisations, juste qu'elles avaient été les plus importantes de l'Ere du Griffon pendant plusieurs siècles et qu'elles avaient disparues subitement et simultanément. Leurs véritables noms avaient été oubliés. Les gens d'aujourd'hui les appelaient les Iliantes et les Morintes.
      Ils tournaient dans une ruelle sur la droite, quand Morgane entendit une voix murmurer quelque part pres d'elle:
- Je connais des réponses à certaines de vos questions.
Le temps qu'elle intègre bien la portée de ce que cela signifiait et Morgane entrait dans la petite maison d'où venait la voix. Son compagnon la suivit, sans poser de questions. Pourtant, Morgane sentait qu'il était curieux
- J'ai besoin de connaître certaines réponses, lui expliqua-t-elle à voix basse, sans trop savoir pourquoi elle le lui expliquait.    
Il opina de la tête, mais ne dit toujours rien.
     Ils pénétrèrent dans une pièce petite et embrouillée par la fumée. Ils toussèrent, leurs gorges attaquées par l'odeur de la suie. Une petite vieille femme tricotait près d'une fenêtre dont les carreaux, noircis par la fumée, laissaient passer chichement la lumière extérieure. 
- Est-ce vous qui avez des réponses aàmes questions, madame?
- Oui, dit la vieille dame. Pas à toutes, mais à une.
- Laquelle? demanda Morgane, pleine d'espoir. 
- Je sais où sont tes... Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarghhh!
De douleur la femme fit tomber ses aiguilles à tricoter et porta les mains à sa gorge. Morgane se précipita à son secours. La dame était devenue toute bleue.
- Non, madame, ne mourez pas! Je vous en supplie, ne mourez pas! Dites-moi ce que vous savez! répéta la jeune fille avec désespoir.
Mais il était trop tard. 
      Morgane glissa à terre, aveuglée par les larmes. Elle avait été si près de savoir, si près. C'était si injuste. Pourquoi? Elle sanglota. Une main amicale se posa sur son épaule et elle entendit une voix enchanteresse dire:
- Viens, nous n'avons plus rien à faire ici. N'oublie pas que nous devons retrouver tes deux amis et que tu dois me montrer un endroit sûr.
- C'est vrai, répondit Morgane en se relevant et en essuyant ses larmes. Allons-y.
      Malgré que les gens étaient tous obnubilés par les spectacles, Morgane craignait que quelq'un les remarque et fasse le rapprochement entre son compagnon et les disparitions. Pourtant, il n'en fut rien, les gens semblaient avoir oublié ou alors ceux qui n'avaient pas oublié n'étaient pas dans les parages. C'était un soulagement.
       Ils ne retrouvèrent Owen et Satinka, en dépit de  tous leurs efforts.
- Ca ne sert à rien de s'éterniser, fit Morgane, depitée. Nous allons fnir par nous faire remarquer.
- Je suis desolé pour tes amis.
La jeune fille le regarda avec étonnement, se demandant comment il avait pu deviner au sujet de ses amis disparus. Puis, elle se rappela qu'il parlait de Satinka et d'Owen.
- Je pense qu'ils ont dû rentrer. Nous devrions faire pareil. Sinon, mes protecteurs vont s'inquiéter.

      Elle avait parfaitement raison. Remarquant l'absence de trois de leurs protégés, Ellora et Vanel se firent un sang d'encre. Vanel fulminait de rage. 
- AH NON, CA NE VA PAS RECOMMENCER! MAINTENANT, VOILA TROIS QUI DISPARAISSENT. 
- Je vais demander à leurs amis s'ils savent quelque chose.
Mey-Ling, Loup et Blanddeein furent tres réticents pour répondre. Ils le firent quand même, encouragés par la douceur d'Ellora davantage que par les remontrances de Vanel.
- Ils sont partis au village pour retrouver, avoua Mey-Ling dans un souffle.
- Que sont-ils allés faire au village? 
Les trois amis se regardèrent en silence, peu désireux de révéler la raison de cette fugue. Voyant Vanel s'impatienter, ils jugèrent plus prudent de répondre. Au point où ils en étaient.
- Ils voulaient retrouver le magicien, dit Loup.
- Quel magicien? s'étonna Vanel.
- Le magicien non repertorié dont vous parliez avec Ellora, exliqua le saltimbanque. 
- Comment savez-vous que...?
- Nous l'avons entendu par hasard, expliqua Mey-Ling et ils étaient curieux d'en savoir plus.
Vanel grommela. 
- Je leur donne une heure pour revenir, passé ce délai, je vais les chercher moi-même par la peau du cou, ajouta-t-il plus clairement.
     Dix minutes plus tard, Satinka et Owen revenaient. 
- Où est Morgane? 
Vanel les attaqua à peine rentrés. Les deux adolescents le regardèrent les yeux ronds.
- Comment? Elle n'est pas rentrée? 
Owen en bégayait d'étonnement.
- Non,elle n'est pas rentrée, nous pensions qu'elle était avec vous.
- C'est que nous avons été séparés, dit Satinka.
- Racontez tout depuis le début, fit Ellora en intimant à Vanel de garder ses remarques pour lui d'un simple regard. 
- Nous sommes allés au village déguisés en personnes du pays pour ne pas nous faire repérer et nous avions bien pris soin de faire un large détour pour éviter de montrer que nous venions de la forêt. Au village, nous avons entendu des gens se plaindre de disparitions incompréhensibles et un gamin est venu dire qu'il y avait un mystérieux etranger sur une placette. Morgane a voulu y aller.
Profitant de ce que Satinka se fut arrêtée pour reprendre son souffle, Owen continua:
- Il y avait beaucoup de monde et nous ne pouvions rien voir du tout. Je... nous ne savons pas trop ce qui s'est passé ensuite. Nous avons essayé d'aller jusqu'au milieu de la place, mais nous avons été bousculés et Satinka et moi avons été séparés de Morgane. Nous avons été entraînés dans une autre rue par le flot de la foule et quand nous sommes revenus sur la placette, elle était déserte.
- Nous avons cherché partout et comme nous ne la retrouvions pas, nous avons pensé qu'elle était retourné ici.
- Je lui donne une heure pour revenir, dit farouchement Vanel. Passé ce délai, je vais aller la chercher moi-même et elle va m'entendre.
        L'attente fut longue, surtout que Vanel grommelait sans cesse en faisant les cent pas et qu'il lançait un regard noir à tous ceux qui se permettaient de bouger un doigt. Il ne fallait pas non plus compter parler. Bref, l'ennui s'installa en maître sur le groupe. 
        Moins d'une heure plus tard, Morgane et son mystérieux compagnon, arrivaient à l'arbre-maison. L'inconnu se mit derrière Morgane pendant que celle-ci apposait sa main sur le tronc. Le passage s'ouvrait à peine qu'une main ferme saisissait Morgane par le col de sa blouse et la tirait vers l'intérieur. L'inconnu voulut entrer mais la même main s'opposa à son passage.
       Vanel, car la main lui appartenait, regarda Morgane avec sévérité. La jeune fille baissa la tête sous le reproche informulé mais explicite. Voyant du coin de l'oeil la sombre et mince silhouette faire mine d'entrer, Vanel se détourna de sa protégée pour interdire l'accès à l'intrus.
- Excusez-moi, dit alors la silhouette d'une voix qui les charma tous, j'ai été invité par Morgane à m'abriter chez vous.
Vanel lança un regard orageux à sa protégée et répondit:
- Et en quel honneur?
- Elle m'a dit que vous me recherchiez et que je serai en sécurité chez vous.
- Qu'est-ce qui a bien pu lui faire penser cela?
- Il paraît que vous recherchez le magicien lié à ces étranges disparitions.
- Euh oui, mais...
- Eh bien, je suis ce magicien,avoua l'inconnu d'une toute petite voix.
          Ce fut comme si la foudre venait de s'abattre sur la salle. Tout le monde resta pétrifié un instant puis se tourna vers l'entrée. Vanel se hâta de faire rentrer le magicien afin de laisser la porte se refermer. Même pas une minute s'était écoulée depuis le retour de Morgane.
- Comment? s'exclama Vanel, étonné. Vous êtes vraiment celui qui a causé toutes ces disparitions?
- C'est moi oui et je tiens à dire que ces gens le méritaient.
- Découvrez-vous, s'il vous plaît, intervint Ellora.
Il hésita puis obéit, assez sage pour comprendre qu'il n'avait pas le choix.


par Ithilindil publié dans : Morgane et les Secrets du Passe
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Mardi 19 février 2008

       Guidées par Asterope, Morgane, Mey-Ling et Satinka traversèrent le pont jusqu'au temple où Morgane avait débué le Jeu. Il était à remarquer qu'accompagné d'une Pléiade, cela était moins périlleux et moins long. Il ne leur fallut qu'une heure pour faire le trajet en sens inverse alors qu'ils avaient mis plusieurs jours auparavant.
        Les six autres Pléiades, Loup, Owen et Blanddeein les attendaient à l'exterieur du temple.
Les six amis se serrèrent dans leurs bras, heureux et soulagés de se revoir. Maia s'avança vers eux et dit:
- Vous etes prêts? C'est le moment d'y aller. 
En même temps, elle regardait un point par dessus leurs épaules. Ils regardèrent dans la même direction et virent une calèche que tiraient quatre chevaux, deux blancs et deux noirs. 
- Votre voiture est prête, vous pouvez y monter.
- Où nous mènera-t-elle? demanda Morgane.
- Auprès d'Ellora et de Vanel. C'est là que vous serez le plus en securité. Vous apprendrez que pendant votre absence les choses ont empiré sur Astraië.
La nouvelle les dévasta. 
          
Les chevaux devaient avoir été ensorcelés car ils parcoururent la distance qui les séparait de leur destination en un temps record et aussi ils connaissaient le nouveau refuge des Cachés. Il se trouvait dans un autre pays, dans un duché pour tout avouer, le duché de Berham. Ce duché était situé plus à l'ouest et il leur fallut traverser deux comtés et un marquisat pour y parvenir. 
         Ils pénétrèrent dans une forêt dense et s'enfoncèrent jusqu'à son coeur. Pendant tout le voyage, ils n'avaient pas ouvert la bouche et maintenant ils avaient besoin de parler.
- Je me demande pourquoi les Pléiades nous font venir avec vous. Et je me demande de quoi elles voulaient parler en disant que les choses avaient empiré, fit Blanddeein en jetant un coup d'oeil par la fenêtre.
- Pour la première partie de ta question, je pense qu'elles ont jugé que c'était le plus simple et le plus sûr pour vous aussi, répondit Morgane. Quand à la seconde partie, je croyais que vous saviez vous aussi.
- Savoir quoi?
- Les infamies causées aux magiciens et à tout ce qui a trait à la magie, fit Morgane sincèrement étonnée.
- Je n'en savais rien, pour moi la magie n'existe pas.
- Pourtant, tu as côtoyé la magie et des magiciens pendant plusieurs jours!
- Mais ce n'était pas vraiment réel.
- Tu vas vite te rendre compte que c'est réel.
           Finalement elle s'arrêtèrent devant un arbre gigantesque, imposant, gargantuesque. Une village entier aurait pu contenir dans son tronc. Autour l'herbe se déployait, douce et émaillée de fleurettes. Ils descendirent de la calèche et celle-ci disparut dans l'air.
- Si ça, ce n'est pas de la magie, je ne sais pas ce que ça peut être, remarqua Morgane.
- Hmm, oui oui, répliqua la prêtresse qui préférait penser à autre chose.
- Bon, on ne va pas attendre ici indéfiniment car j'ai peur que quelqu'un vienne et ne nous surprenne, intervint Owen, nerveux.
- Oui, approchons-nous de cet arbre, je pense que c'est là le refuge, répondit Morgane.
      Elle avait raison. Ils s'en approchèrent et Morgane pausa la paume de sa main sur l'écorce. Elle ne savait pas bien pourquoi elle faisait ça, elle le fit tout de même. Le bois était rugueux sous sa main, elle apprécia ce contact, comme si l'arbre lui communiquait sa force. Une lézarde apparut sur le tronc à côté de sa main et l'écorce commença lentement à se soulever. Ils firent tous un bond en arrière. 
      Une porte s'ouvrit et laissa apparaître une grande et belle jeune femme blonde, Ellora. 
- Morgane, tu es de retour! J'en suis bien heureuse. Venez, rentrez tous, vous n'êtes pas en securite au-déhors. 
Ils la suivirent à l'intérieur. Si Morgane était enthousiaste et n'hésita pas une seconde à entrer, ses amis furent plus circonspects. Après tout, ils ne connaissaient pas Ellora et se méfiaient de ce qu'ils pourraient dénicher dans un tronc d'arbre.
       La surprise les laissa sans voix. Ils étaient entrés dans une pièce circulaire qui faisait office de salle à manger. De l'autre côté, un escalier montait aux différents étages. Ils détaillèrent la pièce, commençant par le plafond qui était peint de feuilles et de fleurs, puis les murs en bois vernis et enfin le sol recouvert d'un tapis moelleux aux teintes chaudes. Des tables rondes recouvertes de nappes à carreaux et entourés de fauteuils étaient disposées un peu partout et certaines étaient occupées par des gens. 
        Ellora leur présenta une table et les invita à s'y asseoir.
- Vous devez avoir faim, ajouta-t-elle. Amameli va vous apporter votre repas.
- Amameli est toujours avec vous? s'enquit Morgane, les yeux pétillants.
- Oui et de nombreux Cachés sont aussi avec nous. Mais, malheureusement beaucoup moins qu'avant l'attaque.
- Et... sont-ils? Les avez-vous... ?
- Malheureusement, non. Je suis desolée, Morgane.
La joie disparut des prunelles améthyste de la jeune fille. Elle baissa la tête.
        Amameli arriva sur ces entrefaites, portant un plateau. 
- Je vous ai preparé une soupe qui va vous requinquer en un clin d'oeil vous verrez.
- Merci, Amameli, répondirent-ils en humant le parfum délicieux du bouillon.
Amameli et Ellora s'eloignèrent, les laissant manger et discuter en toute tranquillité.
        - Je suis deçue et pourtant pas étonnée. Je me doutais que je ne les retrouverai pas en arrivant et pourtant je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer.
- Nous savons que c'est très dur pour toi, Morgane. Aimerais-tu nous parler d'eux afin que nous apprenions à les connaitre? 
- Tu es très gentille, Mey-Ling. Oui, j'aimerais parler d'eux. J'aurai l'impression qu'ils sont un peu avec nous. 
La jeune fille inspira profondément et raconta comment elle avait rencontré ses quatres amis, décrivit leurs caractères, parla des explorations qu'ils faisaient ensemble, des entraînements. A ces évocations, des larmes coulèrent sur ses joues et elle éclata en sanglost. Elle se reprit très vite, sécha ses larmes et ajouta:
- Je n'ai plus envie d'en parler et je suis fatiguée. Je vais demander à Ellora où sont nos chambres.
       Les chambres étaient au quatrième étage. Celle de Morgane était dans des teintes mauve et violine. Sous un énorme baldaquin s'étendait un lit très large et moelleux, avec un énorme coffre à son pied. Une grande armoire, un bureau et un fauteuil complétaient l'ameublement. Le lit semblait lui tendre les bras. Elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire et décida de se reposer. 
        Ses compagnons ne l'imitèrent pas, exceptée Blanddeein. Ils étaient trop curieux de découvrir cet endroit et les gens qui y vivaient. Le plus curieux était Loup. Il redescendit dans la salle à manger et s'approcha d'une table occupée par deux sphynx et une fée. Il s'inclina devant eux et demanda polimment s'il pouvait se joindre à eux. L'un des sphynx posa le verre de sirop de grenadine qu'il était en train de boire et se tourna vers lui.
- Pourquoi pas? Vous êtes nouveau, n'est-ce pas?
- Oui, je suis un ami de Morgane.
- Vous êtes humain, êtes-vous aussi un magicien comme elle? l'interrogea l'autre sphynx.
- Non, je suis un saltimbanque, un simple saltimbanque. En revanche, mes deux amies Satinka et Mey-Ling sont des magiciennes. 
- Comment avez-vous rencontré Morgane ? s'enquit la Fée.
- Dans un jeu organisé par les Pléiades.
         Satinka et Mey-Ling partirent à la recherche d'Ellora pour lui demander s'il y avait des livres de magie. Elles avaient envie d'étudier et ne voulaient pas perdre de temps. Ellora leur indiqua que la bibliothèque, qui servait aussi de salle d'étude, se trouvait au septième étage. Le septième étage se caractérisait par ses tons verts. Vert céladon étaient le bois des étagères ployant sous le poids des grimoires et des rouleaux de parchemins, vert d'eau étaient les murs qui apparaissaient entre chaque étagères, vert empire le plafond et vert herbe les tapis moelleux. D'énormes coussins dans les tons vert glauque permettaient aux lecteurs d'étudier à l'aise. 
          Owen s'ennuyait. Il n'avait pas l'habitude de rester cloîtré très longtemps et son arbalète le démangeait sérieusement. Pourtant, il n'était pas stupide et savait qu'il mettrait sa vie en danger, ainsi que celle des Cachés, s'il obéissait à son envie. Il errait comme une âme en peine au troisieme étage, qui était l'étage où étaient entreposées des armes d'entraînement. Il y avait aussi une salle d'entraînement. Le jeune chasseur se dit qu'un peu d'exercices à l'épée serait bien. Poursuivant cette idée, il entra dans l'entrepôt et passa en revue toutes les arnes qui y étaient exposées. 
         Il y avait une autre personne dans l'entrepôt. Un homme jeune entre la vingtaine et la trentaine, les cheveux blonds, Vanel. Il était assis à une table, penché sur un énorme bouquin retraçant les techniques de combat depuis le Ier siècle de l'Ere de l'Aigle. Gêné de le déranger, Owen jugea préférable de quitter la pièce. Mais Vanel avait senti sa présence. 
- Tu peux rester, lui dit-il. Tu es venu pour t'entraîner?
- Oui, comment le savez-vous? Puis voyant le visage sérieux de  son vis-a-vis. Je n'aurais peut-être pas dû?
- Tu as tout à fait le droit de t'entraîner et je le vois au fait que tu es un chasseur et que tu regardes les épées avec beaucoup d'intérêt. Au fait, je m'appelle Vanel.
- Et moi Owen. Je suis un ami de Morgane. 
- Je vois, tu étais avec elle dans le Jeu des Pléiades?
- Oui, c'est cela. 
- Bienvenue Owen. Que dirais-tu de t'entraîner avec moi?
- J'en serais plus que ravi, répondit l'adolescent qui avait peine à croire en sa chance.
     Elles ne l'avaient pas vu au premier abord,mais une personne était déjà présente dans la salle. Il n'était pas très grand, était mince et agile, ses cheveux étaient très profondément noirs, ses yeux en amande, sans pupille, étaient émeraude avec des reflets saphir et argentés. Il semblait ne pas les avoir entendu arriver. Pourtant, il se leva, s'inclina devant elle et dit:
- Vous êtes les amies de Morgane, n'est-ce pas? Soyez les bienvenues.
- Co... comment le savez-vous?
Il sourit et son sourire avait un charme ravageur.
- J'ai entendu Ellora vous accueillir et j'ai aussi senti l'aura de votre amie. Vous êtes aussi des magiciennes, je le sens à votre aura. Des élémentalistes qui plus est. 
- Oui, répondit Mey-Ling, très étonnée par ce que l'inconnu pouvait deviner.
- Alors, il est temps, murmura l'inconnu, plus pour lui-même que pour les deux filles.
- Temps pour quoi? s'enquit Satinka.
Il ne répondit pas, les salua de la tête et quitta la bibliothèque.

            C'était le soir, au moment du souper. Morgane, Satinka, Blanddeein, Mey-Ling, Owen et Loup étaient assis autour d'une table, dans la salle à manger. 
- Je me demande qui était cette personne que nous avons rencontré dans la bibliotèeque, dit Mey-Ling alors que la conversation faiblissait.
- De quoi parles-tu? demanda Morgane.
- Cet après-midi, dans la bibliothèque, nous avons rencontré un homme étrange. 
Et elle le décrivit.
-C'était Edael. C'est vrai qu'il est étrange. Mais c'est un sacré bon magicien. Je me demande bien ce qu'il est parti faire.
- J'ai faim, moi, et je suis fatigué. Ca ne vous dirait pas de manger en silence? intervint Loup.
Tous le regarderent avec des yeux ronds.
- Ca va, Loup?
- Mais oui, Blanddeein, ça va. J'ai juste pas envie de parler sur quelque chose dont on aura la reponse en temps voulu.
- Loup a raison, ajouta Owen. Mangeons et allons-nous coucher nous avons eu une longue journée et je suppose que demain sera aussi mouvementé qu'aujourd'hui, donc il nous faut prendre des forces.
- Qu'est-ce qui te fait croire cela? l'interrogea la prêtresse.
- Juste que depuis que nous connaissons Morgane, notre vie est devenue plus riche en événements.
- C'est vrai cç, reconnut Blanddeein. Non, que je m'en plaigne, je commençais à m'ennuyer dans mon monastère. 
       La nuit s'était étendue sur tout Astraië, le continent humain si hostile envers la magie et les autres races. Tout le monde dormait paisiblement dans l'arbre-maison. Au-dehors, les oiseaux nocturnes chassaient à coeur joie. 
        Au milieu de la nuit, fidèle à l'habitude acquise au monastère, Blanddeein se leva pour prier la déesse qu'elle honorait. Ses dévotions faites, elle regarda sa chambre qui était dans les tons jaune et beige. Jamais elle n'aurait cru, un mois auparavant, se retrouver dans une chambre comme celle-là, avec des gens aussi étranges. Et dire qu'on lui avait répété sans cesse que la magie et les créatures magiques n'existaient pas! Que les gens pouvaient être aveugles parfois.

         Deux mois s'étaient écoulés et, comme l'avait prédit Owen, leur vie chez les Cachés ne leur permit pas de s'ennuyer une seconde. Avec Vanel, ils apprirent le maniement des armes. Satinka et Mey-Ling rattrapèrent leurs lacunes sur la magie en suivant les cours d'Ellora. Morgane, pendant ce temps, essayait de contacter les fantômes pour les interroger au sujet de ses amis. Malheureusement, elle n'obtenait aucune réponse.
         Voyant que sa protégée était triste, Vanel s'assit à côté d'elle et lui demanda:
- As-tu envie de me parler de ce qui te chagrine?
- J'essaie de contacter les esprits, mais ils ne répondent pas. Vous croyez que j'ai perdu ma faculté de médium?
- Non, je ne crois pas. Je crois que pour le moment, pour une raison quelconque vous ne pouvez vous contacter.
- C'est dommage, j'avais des questions à leur poser.
- Au sujet de tes parents?
- Non, ils ne savent rien la-dessus. Je voulais leur demander s'ils savaient quelque chose pour mes amis.
        Plus tard, dans l'après-midi, Morgane, Satinka et Loup se promenaient dans le jardin aménagé entre les branches de l'arbre. Owen s'entraînait aux maniement des armes. Blanddeein étudiait un livre de prêtrise et Mey-Ling faisait la sieste. Ils entendirent par hasard une conversation. Satinka et Loup voulurent s'éloigner, gênés, mais Morgane leur fit signe de s'arrêter et de se taire. Elle s'approcha de la source des voix pour mieux écouter. Ses amis, curieux, l'imitèrent.
      - Ce magicien non-repertorié a encore fait parlé de lui aujourd'hui, disait Vanel. 
- Vous savez où il est maintenant? répliqua Ellora.
- Oui, il est dans ce duché même.
- Il faudrait qu'on le retrouve, avant les Inquisiteurs, sinon je ne donne pas cher de sa peau.
- Surtout que des avis de recherches et des récompenses ont été mis sur sa tête.
       Morgane organisa une réunion d'urgence dans sa chambre avec tous ses amis. Elle fit un rapide résumé de la conversation pour ceux qui n'y avaient pas assisté. 
- Ce n'est pas la première fois qu'ils parlent de cette personne, ajouta-t-elle. Avec mes autre amis, nous avions surpris une conversation du même genre et avions decidé d'en apprendre un peu plus sur ce mystérieux magicien. Malheureusement, ils ont été enlevés avant.
- Ne t'en fais pas, nous t'aiderons, la consola Loup.
- Merci, mes amis.

       Deux mois s'étaient écoulés, sans que le mystère du magicien ne fut résolu. En fait, il semblait qu'il avait tout bonnement disparu, peut-eêe poursuivi par le sort qu'il réservait à ses victimes, finalement. Toutefois, Morgane se doutait qu'elle en rentendrait parler.
       Une nuit de brouillard,trois étrangers arrivèrent au refuge. Leurs capes étaient tissées dans les quatre éléments et les rendaient invisibles. Elles avaient été fabriquées par les dieux pour les Potentiels, héros intemporels d'Ambelymë, garants de l'équilibre entre le bien et le mal. Et justement, ces trois inconnus étaient trois des six Potentiels. Mais ce n'étaient pas trois hommes, c'étaient trois femmes. Ellora les accueillit en secret et leur offrit une chambre. Les trois Potentielles la remercièrent chaleureusement. Elles ajoutèrent:
- Nous sommes venues comme nous l'a demandé notre frère d'âme pour enseigner la magie élémentale à trois de vos étudiants. 
C'est vrai, qui avait-il de mieux que les Potentiels pour enseigner la magie élémentale? Eux qui l'avaient apprise auprès des dieux eux-memes.
- Nous ne voulons pas que nos véritables identités soient connues. Aussi aimerions-nous que vous nous appeliez Brisin, Astriel et Heriale. 
- D'accord, il en sera fait selon votre désir.
- Merci infiniment.
          Le lendemain, Satinka, Morgane et Mey-Ling firent la connaissance des trois Potentielles. 
- Je m'appelle Bridin, dit la première à Satinka. Je suis une élémentaliste du feu.
Bridin,en langage ellyndrel (les Ellyndril étaient un peuple vivant sur Astraië, enfin sous Astraië), signifiait Caractère de Feu et c'était un surnom qui lui avait été donné des millénaires auparavant. Il se mariait très bien à son esprit flamboyant. 
- Mon nom est Astriel, dit la deuxième à Morgane. Je suis une élémentaliste d'eau.
Son surnom lui avait aussi éteédonné par les Ellyndril, quelques millénaires auparavant, et sa signification était Argent Saphir. Cela était dû à la couleur bleue de sa peau et aàses cheveux argentés.
La troisième s'appelait Heriale, elle était magicienne de l'air, comme elle l'expliqua à Mey-Ling, et son surnom, toujours donné par les Ellyndril quelques millénaires auparavant, voulait dire Douceur. Et c'était bien la douceur qui se dégageait d'elle.
                   
             
        Les cours de magie élémentale étaient éprouvants et leurs enseignantes ne les ménagèrent pas. Le soir, Mey-Ling, Satinka et Morgane allaient se coucher rompues. Les semaines passèrent ainsi, l'automne arriva et Morgane n'avait toujours pas de nouvelle de ses amis. On n'entendait plus parler du magicien non plus.
       Tout le monde dormait tranquillement, sauf, dans la chambre mauve du quatrième étage.... Morgane grelottait de chaud et de froid. Elle ne le savait pas mais de grosses larmes coulaient sur ses joues déjà trempées par la fièvre. Prévenus par un Caché qui passait par là pour raisons urgentes et personnelles et qui avait entendu les gémissements, Vanel et Ellora la surveillaient avec anxiété et essayaient de faire tomber sa température. 
- Regarde, Vanel! chuchota tout à coup Ellora, angoissée.
Il regarda ce que lui montrait la jeune femme. Sur le front de l'adolescente d'autres arabesques faisaient leur apparition. Celles-ci étaient aigue-marine ou topaze bleu et pulsaient à toute vitesse, causant de vifs maux de têtes à la jeune fille.
- C'est la magie qui lui fait cela, dit une voix dans leur dos. 
- Pourquoi, Astriel?
- Parce qu'elle est humaine et que, contre-nature, elle peut utiliser la magie. 
- Va-t-elle en mourir?
- Non, elle va beaucoup souffrir, mais cette souffrance la rendra plus forte.
- Nous n'aurions jamais du l'y initier.
- Vous n'avez pu faire autrement, elle s'est engagée dans cette voie sans le vouloir, mais elle n'a pas reculé devant la difficulté. Vous la tueriez si vous lui supprimiez la magie. Grâce à elle, elle s'est trouvée une famille, des amis. Tenez, voici une potion. Elle fera baisser sa température et calmera ses maux de tête.
En effet, une fois que Morgane eut bu de la potion, elle s'apaisa et s'endormit.
          Samhain pointait son bout du nez et la jeune fille était toujours très faible. Pour lui redonner une bonne santé, les Potentielles lui donnaient à boire des potions dont elles seules avaient le secret des ingrédients et de la préparation.
          Yule arriva et Morgane était mieux. Elle pouvait marcher, sans l'aide de personne, courir même. Cependant, elle devait se reposer beaucoup. Ellora supposait qu'il faudrait attendre Imbolc pour qu'elle aille vraiment mieux. 
- Eh bien, ce n'est pas rien la magie, fit remarquer Loup, en la voyant si blanche.
Morgane lui fit un sourire et demanda:
- Il paraît que vous avez du nouveau sur ce mystérieux magicien?
- Oui, répondit Owen. Il est dans le village avoisinant la forêt.
- C'est notre chance, demain nous nous déguiserons et irons à sa rencontre.
- Tu es folle! Pas dans ton état! s'exclama Mey-Ling, inquiète.
- Moins fort, s'il te plaît, nos protecteurs pourraient t'entendre. Je ne suis pas folle et je vais parfaitement bien. Un peu d'exercice physique me ferait beaucoup de bien.
- Je suis partante, dit Satinka d'une voix laconique.
- Moi aussi, ajouta Owen qui avait envie d'exercice.
- Je préfère rester ici, dit Mey-Ling.
- Je n'ai pas fini d'étudier mon livre de psaumes, répliqua Blanddeein.
- Et moi, j'ai été invité par les sphynx à une partie d'énigmes, acheva Loup.
       Le lendemain, Morgane,Owen et Satinka, deguisés en parfaits humains, sortirent en cachette de l'arbre-maison. Ils constatèrent que personne ne se promenait dans la forêt.
- Je me demande bien pourquoi, remarqua Morgane.
- Les gens ici ne sont pas très friands de la nature, expliqua Owen. Ils préfèrent la securité des murs.
       Ils pénétrèrent sans encombres dans le village. Pourtant, Satinka et Morgane ne se sentaient pas très à l'aise. Tous ces gens qui allaient et venaient, couraient, criaient, chantaient, vantaient leurs marchandises, marchandaient, s'insultaient, troquaient, s'amusaient avaient de quoi impressionner. 
Personne ne leur prêta attention. C'était rassurant. Ils se mêlèrent à la population et laissèrent leurs oreilles traîner, tout en remerciant mentalement Ellora de leur avoir enseigné la langue du cru.
           
        






  
           
         

par Ithilindil publié dans : Morgane et les Secrets du Passe
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Mercredi 23 janvier 2008

   Maia s'éclaircit la voix et dit:
- Le premier choix qui s'offre à toi est de sauver ton ami Loup avec tes amis actuels. Tu es déjà sur sa piste mais sache que si tu continues sur cette voie, tu risques de perdre tes autres amis à jamais.
Un frisson parcourut Morgane. Elle regarda la Pléiade et ses yeux améthyste s'agrandirent d'horreur.
- Quel est le second choix ?
Sa voix était désagréablement atone.
- Tu pars à la recherche de tes autres amis et tu ne revois jamais ceux-là.
- Mais il y a toujours une autre solution, non? 
- Non, pas dans ce cas-là. Reflechis-y bien.
      Morgane baissa la tête, accablée. Lorsqu'elle la releva, la Pléiade avait disparu et sur le dolmen étaient posées des victuailles. Owen et Blanddeein avait déjà commencé à manger. Le chasseur avait jeté son dévolu sur une tourte à la viande tandis que la prêtresse avait choisi une salade de tomates. Mey-Ling buvait un sirop à la grenadine et Satinka un jus de myrtilles. Morgane se sentit tout à fait incapable de manger ou de boire quoi que ce soit. Le dilemme lui avait coupé l'appétit. 
        Comme une somnambule elle s'éloigna du dolmen. Elle n'entendit pas ses amis crier son nom, perdue dans ses réflexions. Il y avait sûrement un troisième choix, ne cessait-elle de penser, je ne le vois pas encore, mais il y en a sûrement un. Elle se sentait de plus en plus mal, nauséeuse, fiévreuse. 
       - Vous croyez qu'elle va trouver une solution ? demanda Owen.
- Sûrement, je lui fais confiance. Si les Pléiades lui ont demandé de jouer leur Jeu, c'est qu'elle doit être digne de confiance. 
- Je n'aimerais pas être à sa place. Elle a une décision terriblement difficile à prendre. Je me demande laquelle cela va être, dit Blanddeein, pensivement.
- Nous devons aider Loup, répondit Morgane dans leur dos. C'est la solution la plus simple. 
- Mais tu vas perdre tes autres amis, protesta Mey-Ling.
- Non, je suis certaine que je ne perdrai aucun de mes amis. Pour l'instant, je ne sais pas où sont les autres, c'est trop aléatoire de vouloir les aider maintenant. Pour Loup, c'est autre chose. C'est plus concret, vous comprenez?
L'explication n'était pas très claire, mais ils comprenaient cependant.
         
      Loup avait peur. Peur que ses amis ne le retrouvent pas, peur de mourir dans la solitude. Il pensa à sa vie, à ce qu'il avait fait et ce qu'il n'avait pas fait, ce qu'il aurait voulu faire et ce qu'il aurait dû faire. Il avait tellement peur, qu'il se recroquevilla sur lui-même et ferma les yeux. C'est ainsi qu'il ne vit pas arriver ses amis, venant sur sa droite.
- Loup? Loup, tu vas bien?
Il sursauta, puis se calma en reconnaissant la voix de Morgane.
- Maintenant oui. Comment avez-vous fait pour me retrouver?
- Après ta disparition nous avons continée à marcher et nous sommes arrivés dans un tout petit village. De là, plusieurs routes se présentaient a nous. Nous avons choisi celle qui avait un serpent noir gravé sur une de ses pierres et nous voilà.
Il sentit qu'on lui cachait quelque chose.
- Que s'est-il passé dans ce village?
     Un moment, ses amis donnèrent l'impression d'avoir reçu un coup. Ils restèrent silencieux et Loup se demanda s'ils avaient entendu sa question. Ce fut Satinka qui répondit, d'un ton impassible:
- Nous allons tout te raconter.
Et elle se lança dans un résumé clair et succint des récents événements.
     Des larmes coulèrent des yeux bleus de Loup. Il les essuya rageusement, se morigénant pour son infantilité. Owen s'agenouilla à côté de lui et lui tendit un morceau d'étoffe.
- Tu as le droit de pleurer après ce que tu viens de vivre. Personne ne t'en voudra ou se moquera de toi.
- Merci, répondit le saltimbanque en prenant le mouchoir. Mais si je pleure, c'est parce qu'à cause de moi, Morgane a perdu ses autres amis.
- Ne dis pas n'importe quoi, je ne les ai pas perdus, s'énerva Morgane.
- Mais puisque tu as fait ton choix...
- Les Pléiades ont decidé qu'il y avait un choix à faire. Moi, j'ai decidé que je retrouverai TOUS mes amis, sans exception. Même si je dois me couper en deux pour cela.

       Elle devait se l'avouer, elle commençait à en avoir sacrément assez de ce Jeu. Pourtant, Morgane savait qu'elle n'avait pas fini d'y jouer, qu'elle n'avait pas decuplé toutes ses capacités, qu'elle n'avait pas fini d'en apprendre sur elle-même. Elle se demanda s'il aurait un jour une fin.
    Comme pour répondre à sa question, Asterope apparut devant eux, tandis qu'ils marchaient sur du gazon. Ils étaient loin de la corniche où Loup avait été retenu prisonnier.
Morgane, Satinka et Mey-Ling, veuillez me suivre s'il vous plaît.
- Et nous? Que devenons-nous, nous?
- Ma soeur Merope va venir vous chercher. Vous vous retrouverez bientot tous les six. Ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'une séparation temporaire.

        Asterope les amena jusqu'à un tres grand lac. Sur les bords, ce lac ressemblait aàn'importe quel lac, avec de l'eau fraîche et limpide. Mais au centre cette eau était remplacee par du feu et sur l'autre bord, c'était de l'air.
- C'est ici que vous allez développer vos pouvoirs d'élémentalistes.
La magie élémentale est la plus puissante de toutes les magies. Tous les magiciens ne la possèdent pas, au contraire, rares sont ceux qui peuvent se vanter d'être un mage elementaliste. Donc, il se peut très bien qu'aucune de vous trois ne la possède. 
- Comment savoir si nous avons ce pouvoir? demanda Mey-Ling.
- Chaque élémentaliste est connecté à un élément et à un seul. L'élément vous choisit et vous le choisissez, c'est un mariage d'amour. Et si aucun élément ne vous choisit c'est que vous n'eêtes pas faites pour devenir des élémentalistes.
    Elle se tut et se retourna vers le lac. Elle mit ses mains devant la bouche et pianota l'air comme si elle jouait de la flûte. De fait, quelques notes aiguës s'envolèrent et tourbillonnèrent jusqu'au lac. Les trois adolescentes le fixèrent, s'interrogeant sur ce qui allait arriver. Bientôt, elles virent trois gondoles glisser sur la surface jusqu'à elles. Personne ne les guidait et elles ne semblaient ni pâtir de leur traversée du brasier ni tracer de sillon sur l'eau. 
- Montez dans ces trois barques et laissez-vous bercer par le mouvement, ne faites rien, leur dit Asterope une fois les embarcations echouées sur la berge. Si vous êtes choisies vous le saurez tout de suite. Je ne peux pas m'expliquer mieux.
     Satinka monta dans la barque de gauche. Dès qu'elle fut assise, la Pléiade mit la barque à l'eau. Elle fit de pareil pour Morgane et pour Mey-Ling. 
        Morgane se cala sur son siège, s'enfonça dans le dossier de velours et se laissa bercer par les clapotis de l'eau. Elle ferma les yeux. Des paillettes de lumière dansant sur l'eau lui firent ouvrir les yeux. Elle regarda au fond du lac et vit de minuscules étoiles argentées le tapissant. Elle se pencha pour mieux les admirer. Soudain, sa main glissa et elle tomba la tête en avant dans l'eau. Mais au lieu de couler vers le fond, elle sentit que la surface devenait solide et aussi douce qu'un matelas en duvet. En meme temps, elle entendit une musique joyeuse qui lui donna envie de rire. Elle ferma les yeux.
      La barque de Satinka vogua sans hésiter jusqu'au brasier. La vampire vit avec fascination les flammes devenir de plus en plus hautes et l'atmosphère se réchauffer de plus en plus. Elle ne fit pourtant aucun geste pour détourner la barque de sa route. En verité, elle n'en avait pas envie. Elle était curieuse de découvrir ce qui se cachait au coeur de l'incendie. Contrairement à sa crainte, elle ne ressentit aucune chaleur et ne souffrit d'aucune brûlure en entrant dans le feu. En fait, elle était environnée d'une chaleur tiède et les flammes avaient la douceur d'une plume d'oiseau. Au milieu du feu, Satinka entendit une melodie endiablée et s'endormit.
       A peine fut-elle sur l'eau que l'embarcation de Mey-Ling fusa comme un éclair jusqu'à la partie aérienne du lac. C'est tout juste si elle effleura l'eau et elle évita adroitement le feu. Arrivée aàdestination, elle se laissa emporter par les courants d'air. Mey-Ling offrit son visage au vent, grisée. Elle entendit une musique légère comme l'air et s'endormit. 
        Asterope sourit, sachant que la première épreuve de sélection s'était bien passée. Ces trois jeunes filles étaient bien des élémentalistes. Elle s'étonna en même temps que Morgane ait été choisie. Il était déjà surprenant qu'elle put utiliser la magie ordinaire. Qu'elle soit également élémentaliste était un bouleversement. La Pléiade écarta ces réflexions de son esprit et se focalisa sur ce qui se passait sur le lac. La sélection n'était pas complètement terminée. 
         Morgane ouvrit les yeux la première. Elle était à nouveau dans la barque, bercée par le mouvement de l'eau. Elle entendait toujours la musique joyeuse. Son regard caressait la surface du lac sans vraiment y prêter attention. Quelque chose surgit du fond de l'eau, une créature qu'elle fut la seule à voir. Il s'agissait d'un dragon d'eau, au corps transparent ondulant comme une vague sur la plage, avec des cornes effilées bleues et des yeux verts. L'adolescente fut subjuguée par sa grâce. Leurs regards se croisèrent et la voix aquatique du dragon résonna dans l'esprit de Morgane.
"Je me nomme Lianoland, tu peux m'appeler à chaque fois que tu auras besoin de moi."
"Merci beaucoup, Lianoland. Je m'appelle Morgane," .
          Ce fut au tour de Satinka de rencontrer l'esprit de son élément. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle vit que des flammes se mouvaient, s'entrelaçaient, s'éloignaient les unes des autres, se rapprochaient et dans leur ballet accompagné par la musique endiablée dessinaient une fleur magnifique. Puis cette fleur se désagrégea en une myriade de petites fleurs et un phénix magnifique déploya ses ailes pourpre et or. Comme le dragon d'eau l'avait fait avec Morgane, le phénix parla télépathiquement à Satinka. Elle apprit ainsi que Frivion serait toujours là pour lui venir en aide.
           L'élémental de Mey-Ling était aussi mouvant que son élément. Tellement que la sylphe eut des difficultés à savoir ce que c'était. Il s'agissait d'un griffon du nom de Heliaber. Un griffon magnifique dont elle tomba sous le charme. 
          La sélection étant achevée, Asterope rappela les barques en jouant à nouveau de la flûte invisible. Elle aida les trois magiciennes à descendre et leur dit de s'asseoir sur les pierres plates disposées en cercle un peu plus loin. Elle les y rejoignit dès que les barques eurent disparu.
- Chacune de vous a été sélectionnée par un élément. J'en suis très surprise et très fière aussi. Maintenant nous allons quitter le lac et rejoindre vos amis. Le Jeu est fini.
- Quoi? s'exclama Morgane qui ne s'attendait vraiment pas à ça. Mais je croyais que le Jeu n'était terminé que quand j'aurai découvert mes capacités et appris à connaître ma personnalité.
- Tu as découvert tes capacités, tu as découvert que tu étais une magicienne élémentaliste. Et apprendre à connaitre sa personnalité se fait au jour le jour tout au long de sa vie. Il est temps pour vous de rejoindre le monde réel. Bonne chance !
- Merci, Asterope.



        

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Jeudi 20 décembre 2007

                          Ceux qui venaient de parler étaient un garçon et une fille de leur âge. La fille était assez grande, bien charpentée, avec des cheveux blonds tressés et le front ceint d'une couronne de branches d'aubépine et une robe blanche de prêtresse. Elle s'avança vers Morgane et plongea ses yeux bleu outremer dans ceux de l'adolescente. 
- Je suis Blanddeein, prêtresse d'Umana. 
- La Deesse de l'humanité? Enchantée, je suis Morgane la Médium, Joueuse des Pléiades. 
Le garçon s'approcha à son tour. Il avait des cheveux couleur du sable et des yeux marron. Il était plus grand que Blanddein mais était plus mince qu'elle. 
- On m'appelle Owen et je suis un chasseur. Les Pléiades nous ont demandé à tous les deux de te venir en aide et c'est ce que nous ferons. Dites-nous ce que nous devons, mademoiselle.
- D'abord me tutoyer et m'appeler Morgane, ensuite j'aimerais finir ce Jeu au plus vite. Je n'ai pas que ça à faire, moi. Excusez-moi, je ne veux pas être agressive. C'est juste que je m'inquiète pour mes autres amis.
- Tu n'as pas à t'excuser, nous comprenons ton sentiment, la rassura Satinka. Viens, nous devons continuer ce Jeu jusqu'à la fin, quelle qu'elle soit. C'est la règle.
                   Le petit groupe s'eloigna du bal masque et continua sa marche sur le pont. Morgane marchait devant, suivie par Satinka, Mey Ling, Loup, Blanddeein et Owen. La jeune Joueuse trouvait cela étrange mais elle savait exactement où elle voulait aller. Le pont se divisa en une multitude de ramifications. Une fumée s'éleva, noirâtre, et une forme y apparut. Elle avait une chevelure très rouge du côté gauche et très bleue du côté droit, était grande et était enveloppée de voiles blancs. 
- Vous voilà maintenant devant plusieurs choix, Morgane. Celui que vous choisirez maintenant déterminera la suite de votre vie. Vous devez choisir pour vous mais aussi pour vos amis. C'est une très grande responsabilité, ne prenez aucune décision à la légère. Vos compagnons ne sont pas tenus de vous suivre, mais s'ils le font, ils lieront irrémediablement leurs destins au vôtre, dit-elle d'une voix étonnamment grave pour une femme.
                      La femme disparut, les laissant muets de stupéfaction et d'indécision.
- Il est hors de question que je t'abandonne maintenant, Morgane, fut la première à dire Satinka.
Elle se placa résolumment aux côtés de la Joueuse. Les autres les regardèrent puis Mey-Ling et Loup imitèrent la vampire. Enfin, Owen et Blanddeein se joignirent à eux.
- Quel chemin choisir? demanda Loup, les yeux fixés sur les multiples chemins, sentiers, routes qui couraient vers l'horizon. 
Morgane ne répondit pas, les yeux dans le vague. Elle réflechissait intensément et s'était coupée du reste du monde. 
- Je sais, finit-elle par dire au bout de plusieurs minutes.
- Ah bon ? quel chemin tu veux choisir ? s'enquit Loup.
- Celui-ci, répliqua Morgane en désignant un sentier qui passait par un ravin étroit et totalement exempt de végétation.
Loup la regarda comme si elle était subitement devenue folle.
- Hein ? Mais c'est le plus sordide ! Pourquoi pas cette belle route ensoleillée?
- Parce que cette route ensoleillée ne me dit rien qui vaille. Qui nous dit que rien de dangereux ne nous y attend au bout de chaque virage ? Tandis que ce sentier on sait déjà  qu'il est dangereux, on ne peut avoir que de bonnes surprises.
- Oui, bof. On peut tout aussi bien ne tomber que sur des mauvaises.
- Justement, comme on s'y attend, nous ne nous ferons pas avoir. De toute manière, je sais que c'est par là que nous devons aller et je n'ai pas à expliquer mon choix. Vous avez decidé de m'accompagner, j'en suis très touchée et honorée, mais maintenant il va falloir me faire confiance. Ne discutons plus et allons-y.
                     A la suite de Morgane, ils s'engagèrent sur le sentier. D'emblée, les difficultés se présentèrent. Le sol était friable et ils longeaient un précipice du côté droit. Bref, à chaque instant, ils risquaient de dégringoler. Leurs pensées et leurs gestes étaient entièrement tournés sur leur marche. Ils ne parlaient pas, préférant eéonomiser leurs forces. 
                          Un premier incident notable survint au milieu de la traversée. Blanddeein marchait en cinquième position. Le passage en question était une grande dalle plate et lisse, un peu bancale. Les quatre premiers traversèrent sans problème. Cependant, la pierre bougeait légèrement à chaque fois et quand ce fut au tour de Blanddeein, la dalle était dans une position instable. Aeut-elle posé le pied dessus que la pierre se mit à bouger de manière inquiétante. La jeune prêtresse poussa un cri de terreur, balançant ses bras pour essayer de rétablir son équilibre. 
                          Tout s'était passé si vite qu'Owen n'eut pas le temps de rattraper Blanddeein avant qu'elle tombe. Par contre, Morgane, Mey-Ling et Satinka réagirent de suite. Sans qu'il comprenne comment,  la chute de Blanddeein parut se ralentir. La pierre se remit d'aplomb et Mey-Ling sauta dans le vide, à la grande frayeur du chasseur, et déploya ses ailes. Elle passa sous Blanddeein et la ceintura. Puis elle donna un puissant coup d'ailes et se propulsa sur une partie un peu plus sûre du chemin. Elle posa Blanddeein à terre et tous s'approchèrent prudemment.
                              La pauvre prêtresse s'était evanouie de terreur. Elle respirait difficilement.
- Ecartez-vous! ordonna Morgane. Elle s'agenouilla près de Blanddeein, dessina quelque chose dans la poussière du chemin avec son doigt et ferma les yeux, les mains jointes. Le dessin commença à bouillonner et un rouleau de parchemin se forma. Morgane le prit dans ses mains et le déroula sur le corps de la prêtresse. Elle lut ce qu'il y avait écrit sur le parchemin tout en le lissant avec sa main. Les lettres s'imprimèrent dans la peau de Blanddeein, pâlirent jusqu'à devenir invisibles et la jeune fille ouvrit les yeux.
                                Une fois que la prêtresse fut remise de ses émotions, Morgane décida de reprendre la marche. Il n'y eut plus d'incident pendant un moment. Mais, presque arrivés au bout du chemin, ils furent attaqués par un serpent noir géant. Il se dressa sur la route, leur coupant le passage. Il pointa son affreuse tête vers eux, dardant sa langue bifide, et ondula son corps.
- Qu'est-ce que c'est que ce truc ? hurla Morgane.
- Un serpent des montagnes, sa langue contient un poison extrêmement violent, il faut absolument l'éviter! répondit Owen sur le même ton.
- Comment va-t-on faire pour passer ? demanda Mey-Ling en jaugeant le monstre. 
- En le tuant, bien sûr, répliqua Satinka. Et je sais comment faire. Loup, tu es un saltimbanque, c'est ça ?
- Oui, dit l'intéressé.
- Très bien, tu vas divertir le serpent. Owen, tu es un chasseur. C'est à toi de le tuer. Pendant ce temps, Mey-Ling, Morgane et moi allons l'affaiblir grâce à notre magie.
- Et moi? Que dois-je faire? demanda Blanddeein.
- Prier pour nous, pour notre réussite.
                               Loup respira profondément à plusieurs reprises, tout en réfléchissant sur ce qu'il pouvait faire pour divertir le monstre. Finalement, il s'élança devant lui et commeça à jongler (il avait toujours deux ou trois balles dans ses poches). Tout en jonglant, il se mit à faire des acrobaties qui fascinèrent le monstre.
"Il est doué, pensa Morgane."
                                 Les trois magiciennes se mirent en arc-de-cercle derrière Loup et commencèrent à lancer des magies affaiblissantes. Owen banda son arbalète et visa le point faible du serpent entre les deux yeux. Il se concentra, sachant pertinemment qu'il n'aurait pas de seconde chance.
                               Pendant ce temps, Blanddeein pria pour une issue heureuse de cet affrontement. Elle y mit tout son coeur et finit par oublier le monde autour d'elle. Soudain, un hurlement et une explosion retentirent. Elle reprit conscience avec la realité et vit que le serpent s'était rapproche et balançait le haut de son corps d'un air menaçant. Elle remarqua ensuite, avec effroi, que Loup avait disparu. Les trois magiciennes étaient toutes recourbées et semblaient lutter contre une magie plus puissante qu'elles. Elles faisaient visiblement des efforts énormes et des gouttes de sueur perlaient sur leurs fronts. La prêtresse remarqua que de nouvelles lignes violettes se dessinaient sur le front de Morgane. En dernier lieu, elle vit Owen. Il ne bougeait pas, semblant hypnotisé par la danse du serpent.