Guidées par Asterope, Morgane, Mey-Ling et Satinka traversèrent le pont jusqu'au temple où Morgane avait débué le Jeu. Il était à
remarquer qu'accompagné d'une Pléiade, cela était moins périlleux et moins long. Il ne leur fallut qu'une heure pour faire le trajet en sens inverse alors qu'ils avaient mis plusieurs jours
auparavant.
Les six autres Pléiades, Loup, Owen et Blanddeein les attendaient à l'exterieur du temple. Les six amis se serrèrent dans leurs bras, heureux et soulagés de se revoir. Maia s'avança vers eux et dit:
- Vous etes prêts? C'est le moment d'y aller.
En même temps, elle regardait un point par dessus leurs épaules. Ils regardèrent dans la même direction et virent une calèche que tiraient quatre chevaux, deux blancs et deux noirs.
- Votre voiture est prête, vous pouvez y monter.
- Où nous mènera-t-elle? demanda Morgane.
- Auprès d'Ellora et de Vanel. C'est là que vous serez le plus en securité. Vous apprendrez que pendant votre absence les choses ont empiré sur Astraië.
La nouvelle les dévasta.
Les chevaux devaient avoir été ensorcelés car ils
parcoururent la distance qui les séparait de leur destination en un temps record et aussi ils connaissaient le nouveau refuge des Cachés. Il se trouvait dans un autre pays, dans un duché pour
tout avouer, le duché de Berham. Ce duché était situé plus à l'ouest et il leur fallut traverser deux comtés et un marquisat pour y parvenir.
Ils pénétrèrent dans une forêt dense et s'enfoncèrent jusqu'à son coeur. Pendant tout le voyage, ils n'avaient pas ouvert la bouche et maintenant
ils avaient besoin de parler.
- Je me demande pourquoi les Pléiades nous font venir avec vous. Et je me demande de quoi elles voulaient parler en disant que les choses avaient empiré, fit Blanddeein en jetant un coup d'oeil
par la fenêtre.
- Pour la première partie de ta question, je pense qu'elles ont jugé que c'était le plus simple et le plus sûr pour vous aussi, répondit Morgane. Quand à la seconde partie, je croyais que vous
saviez vous aussi.
- Savoir quoi?
- Les infamies causées aux magiciens et à tout ce qui a trait à la magie, fit Morgane sincèrement étonnée.
- Je n'en savais rien, pour moi la magie n'existe pas.
- Pourtant, tu as côtoyé la magie et des magiciens pendant plusieurs jours!
- Mais ce n'était pas vraiment réel.
- Tu vas vite te rendre compte que c'est réel.
Finalement elle s'arrêtèrent devant un arbre gigantesque, imposant, gargantuesque. Une village entier aurait pu contenir dans son
tronc. Autour l'herbe se déployait, douce et émaillée de fleurettes. Ils descendirent de la calèche et celle-ci disparut dans l'air.
- Si ça, ce n'est pas de la magie, je ne sais pas ce que ça peut être, remarqua Morgane.
- Hmm, oui oui, répliqua la prêtresse qui préférait penser à autre chose.
- Bon, on ne va pas attendre ici indéfiniment car j'ai peur que quelqu'un vienne et ne nous surprenne, intervint Owen, nerveux.
- Oui, approchons-nous de cet arbre, je pense que c'est là le refuge, répondit Morgane.
Elle avait raison. Ils s'en approchèrent et Morgane pausa la paume de sa main sur l'écorce. Elle ne savait pas bien pourquoi elle faisait ça, elle le
fit tout de même. Le bois était rugueux sous sa main, elle apprécia ce contact, comme si l'arbre lui communiquait sa force. Une lézarde apparut sur le tronc à côté de sa main et l'écorce commença
lentement à se soulever. Ils firent tous un bond en arrière.
Une porte s'ouvrit et laissa apparaître une grande et belle jeune femme blonde, Ellora.
- Morgane, tu es de retour! J'en suis bien heureuse. Venez, rentrez tous, vous n'êtes pas en securite au-déhors.
Ils la suivirent à l'intérieur. Si Morgane était enthousiaste et n'hésita pas une seconde à entrer, ses amis furent plus circonspects. Après tout, ils ne connaissaient pas Ellora et se
méfiaient de ce qu'ils pourraient dénicher dans un tronc d'arbre.
La surprise les laissa sans voix. Ils étaient entrés dans une pièce circulaire qui faisait office de salle à manger. De l'autre côté, un
escalier montait aux différents étages. Ils détaillèrent la pièce, commençant par le plafond qui était peint de feuilles et de fleurs, puis les murs en bois vernis et enfin le sol recouvert d'un
tapis moelleux aux teintes chaudes. Des tables rondes recouvertes de nappes à carreaux et entourés de fauteuils étaient disposées un peu partout et certaines étaient occupées par des
gens.
Ellora leur présenta une table et les invita à s'y asseoir.
- Vous devez avoir faim, ajouta-t-elle. Amameli va vous apporter votre repas.
- Amameli est toujours avec vous? s'enquit Morgane, les yeux pétillants.
- Oui et de nombreux Cachés sont aussi avec nous. Mais, malheureusement beaucoup moins qu'avant l'attaque.
- Et... sont-ils? Les avez-vous... ?
- Malheureusement, non. Je suis desolée, Morgane.
La joie disparut des prunelles améthyste de la jeune fille. Elle baissa la tête.
Amameli arriva sur ces entrefaites, portant un plateau.
- Je vous ai preparé une soupe qui va vous requinquer en un clin d'oeil vous verrez.
- Merci, Amameli, répondirent-ils en humant le parfum délicieux du bouillon.
Amameli et Ellora s'eloignèrent, les laissant manger et discuter en toute tranquillité.
- Je suis deçue et pourtant pas étonnée. Je me doutais que je ne les retrouverai pas en arrivant et pourtant je n'ai pas pu m'empêcher
d'espérer.
- Nous savons que c'est très dur pour toi, Morgane. Aimerais-tu nous parler d'eux afin que nous apprenions à les connaitre?
- Tu es très gentille, Mey-Ling. Oui, j'aimerais parler d'eux. J'aurai l'impression qu'ils sont un peu avec nous.
La jeune fille inspira profondément et raconta comment elle avait rencontré ses quatres amis, décrivit leurs caractères, parla des explorations qu'ils faisaient ensemble, des entraînements. A ces
évocations, des larmes coulèrent sur ses joues et elle éclata en sanglost. Elle se reprit très vite, sécha ses larmes et ajouta:
- Je n'ai plus envie d'en parler et je suis fatiguée. Je vais demander à Ellora où sont nos chambres.
Les chambres étaient au quatrième étage. Celle de Morgane était dans des teintes mauve et violine. Sous un énorme baldaquin s'étendait un lit très
large et moelleux, avec un énorme coffre à son pied. Une grande armoire, un bureau et un fauteuil complétaient l'ameublement. Le lit semblait lui tendre les bras. Elle bâilla à
s'en décrocher la mâchoire et décida de se reposer.
Ses compagnons ne l'imitèrent pas, exceptée Blanddeein. Ils étaient trop curieux de découvrir cet endroit et les gens qui y vivaient. Le plus
curieux était Loup. Il redescendit dans la salle à manger et s'approcha d'une table occupée par deux sphynx et une fée. Il s'inclina devant eux et demanda polimment s'il pouvait se
joindre à eux. L'un des sphynx posa le verre de sirop de grenadine qu'il était en train de boire et se tourna vers lui.
- Pourquoi pas? Vous êtes nouveau, n'est-ce pas?
- Oui, je suis un ami de Morgane.
- Vous êtes humain, êtes-vous aussi un magicien comme elle? l'interrogea l'autre sphynx.
- Non, je suis un saltimbanque, un simple saltimbanque. En revanche, mes deux amies Satinka et Mey-Ling sont des magiciennes.
- Comment avez-vous rencontré Morgane ? s'enquit la Fée.
- Dans un jeu organisé par les Pléiades.
Satinka et Mey-Ling partirent à la recherche d'Ellora pour lui demander s'il y avait des livres de magie. Elles avaient envie d'étudier et ne
voulaient pas perdre de temps. Ellora leur indiqua que la bibliothèque, qui servait aussi de salle d'étude, se trouvait au septième étage. Le septième étage se caractérisait par ses
tons verts. Vert céladon étaient le bois des étagères ployant sous le poids des grimoires et des rouleaux de parchemins, vert d'eau étaient les murs qui apparaissaient entre chaque étagères,
vert empire le plafond et vert herbe les tapis moelleux. D'énormes coussins dans les tons vert glauque permettaient aux lecteurs d'étudier à l'aise.
Owen s'ennuyait. Il n'avait pas l'habitude de rester cloîtré très longtemps et son arbalète le démangeait sérieusement. Pourtant, il n'était
pas stupide et savait qu'il mettrait sa vie en danger, ainsi que celle des Cachés, s'il obéissait à son envie. Il errait comme une âme en peine au troisieme étage, qui était l'étage où
étaient entreposées des armes d'entraînement. Il y avait aussi une salle d'entraînement. Le jeune chasseur se dit qu'un peu d'exercices à l'épée serait bien. Poursuivant cette
idée, il entra dans l'entrepôt et passa en revue toutes les arnes qui y étaient exposées.
Il y avait une autre personne dans l'entrepôt. Un homme jeune entre la vingtaine et la trentaine, les cheveux blonds, Vanel. Il était assis à une
table, penché sur un énorme bouquin retraçant les techniques de combat depuis le Ier siècle de l'Ere de l'Aigle. Gêné de le déranger, Owen jugea préférable de quitter la pièce. Mais
Vanel avait senti sa présence.
- Tu peux rester, lui dit-il. Tu es venu pour t'entraîner?
- Oui, comment le savez-vous? Puis voyant le visage sérieux de son vis-a-vis. Je n'aurais peut-être pas dû?
- Tu as tout à fait le droit de t'entraîner et je le vois au fait que tu es un chasseur et que tu regardes les épées avec beaucoup d'intérêt. Au fait, je m'appelle Vanel.
- Et moi Owen. Je suis un ami de Morgane.
- Je vois, tu étais avec elle dans le Jeu des Pléiades?
- Oui, c'est cela.
- Bienvenue Owen. Que dirais-tu de t'entraîner avec moi?
- J'en serais plus que ravi, répondit l'adolescent qui avait peine à croire en sa chance.
Elles ne l'avaient pas vu au premier abord,mais une personne était déjà présente dans la salle. Il n'était pas très grand, était mince et agile, ses cheveux étaient
très profondément noirs, ses yeux en amande, sans pupille, étaient émeraude avec des reflets saphir et argentés. Il semblait ne pas les avoir entendu arriver. Pourtant, il se leva, s'inclina
devant elle et dit:
- Vous êtes les amies de Morgane, n'est-ce pas? Soyez les bienvenues.
- Co... comment le savez-vous?
Il sourit et son sourire avait un charme ravageur.
- J'ai entendu Ellora vous accueillir et j'ai aussi senti l'aura de votre amie. Vous êtes aussi des magiciennes, je le sens à votre aura. Des élémentalistes qui plus est.
- Oui, répondit Mey-Ling, très étonnée par ce que l'inconnu pouvait deviner.
- Alors, il est temps, murmura l'inconnu, plus pour lui-même que pour les deux filles.
- Temps pour quoi? s'enquit Satinka.
Il ne répondit pas, les salua de la tête et quitta la bibliothèque.
C'était le soir, au moment du souper. Morgane, Satinka, Blanddeein, Mey-Ling, Owen et Loup étaient assis autour
d'une table, dans la salle à manger.
- Je me demande qui était cette personne que nous avons rencontré dans la bibliotèeque, dit Mey-Ling alors que la conversation faiblissait.
- De quoi parles-tu? demanda Morgane.
- Cet après-midi, dans la bibliothèque, nous avons rencontré un homme étrange.
Et elle le décrivit.
-C'était Edael. C'est vrai qu'il est étrange. Mais c'est un sacré bon magicien. Je me demande bien ce qu'il est parti faire.
- J'ai faim, moi, et je suis fatigué. Ca ne vous dirait pas de manger en silence? intervint Loup.
Tous le regarderent avec des yeux ronds.
- Ca va, Loup?
- Mais oui, Blanddeein, ça va. J'ai juste pas envie de parler sur quelque chose dont on aura la reponse en temps voulu.
- Loup a raison, ajouta Owen. Mangeons et allons-nous coucher nous avons eu une longue journée et je suppose que demain sera aussi mouvementé qu'aujourd'hui, donc il nous faut
prendre des forces.
- Qu'est-ce qui te fait croire cela? l'interrogea la prêtresse.
- Juste que depuis que nous connaissons Morgane, notre vie est devenue plus riche en événements.
- C'est vrai cç, reconnut Blanddeein. Non, que je m'en plaigne, je commençais à m'ennuyer dans mon monastère.
La nuit s'était étendue sur tout Astraië, le continent humain si hostile envers la magie et les autres races. Tout le monde dormait paisiblement
dans l'arbre-maison. Au-dehors, les oiseaux nocturnes chassaient à coeur joie.
Au milieu de la nuit, fidèle à l'habitude acquise au monastère, Blanddeein se leva pour prier la déesse qu'elle honorait. Ses dévotions
faites, elle regarda sa chambre qui était dans les tons jaune et beige. Jamais elle n'aurait cru, un mois auparavant, se retrouver dans une chambre comme celle-là, avec des gens aussi étranges.
Et dire qu'on lui avait répété sans cesse que la magie et les créatures magiques n'existaient pas! Que les gens pouvaient être aveugles parfois.
Deux mois s'étaient écoulés et, comme l'avait prédit Owen, leur vie chez les Cachés ne leur permit pas de s'ennuyer une seconde. Avec
Vanel, ils apprirent le maniement des armes. Satinka et Mey-Ling rattrapèrent leurs lacunes sur la magie en suivant les cours d'Ellora. Morgane, pendant ce temps, essayait de contacter les
fantômes pour les interroger au sujet de ses amis. Malheureusement, elle n'obtenait aucune réponse.
Voyant que sa protégée était triste, Vanel s'assit à côté d'elle et lui demanda:
- As-tu envie de me parler de ce qui te chagrine?
- J'essaie de contacter les esprits, mais ils ne répondent pas. Vous croyez que j'ai perdu ma faculté de médium?
- Non, je ne crois pas. Je crois que pour le moment, pour une raison quelconque vous ne pouvez vous contacter.
- C'est dommage, j'avais des questions à leur poser.
- Au sujet de tes parents?
- Non, ils ne savent rien la-dessus. Je voulais leur demander s'ils savaient quelque chose pour mes amis.
Plus tard, dans l'après-midi, Morgane, Satinka et Loup se promenaient dans le jardin aménagé entre les branches de l'arbre. Owen s'entraînait aux
maniement des armes. Blanddeein étudiait un livre de prêtrise et Mey-Ling faisait la sieste. Ils entendirent par hasard une conversation. Satinka et Loup voulurent s'éloigner, gênés, mais
Morgane leur fit signe de s'arrêter et de se taire. Elle s'approcha de la source des voix pour mieux écouter. Ses amis, curieux, l'imitèrent.
- Ce magicien non-repertorié a encore fait parlé de lui aujourd'hui, disait Vanel.
- Vous savez où il est maintenant? répliqua Ellora.
- Oui, il est dans ce duché même.
- Il faudrait qu'on le retrouve, avant les Inquisiteurs, sinon je ne donne pas cher de sa peau.
- Surtout que des avis de recherches et des récompenses ont été mis sur sa tête.
Morgane organisa une réunion d'urgence dans sa chambre avec tous ses amis. Elle fit un rapide résumé de la conversation pour ceux qui n'y
avaient pas assisté.
- Ce n'est pas la première fois qu'ils parlent de cette personne, ajouta-t-elle. Avec mes autre amis, nous avions surpris une conversation du même genre et avions decidé d'en apprendre un
peu plus sur ce mystérieux magicien. Malheureusement, ils ont été enlevés avant.
- Ne t'en fais pas, nous t'aiderons, la consola Loup.
- Merci, mes amis.
Deux mois s'étaient écoulés, sans que le mystère du magicien ne fut résolu. En fait, il semblait qu'il avait tout bonnement disparu,
peut-eêe poursuivi par le sort qu'il réservait à ses victimes, finalement. Toutefois, Morgane se doutait qu'elle en rentendrait parler.
Une nuit de brouillard,trois étrangers arrivèrent au refuge. Leurs capes étaient tissées dans les quatre éléments et les rendaient invisibles. Elles
avaient été fabriquées par les dieux pour les Potentiels, héros intemporels d'Ambelymë, garants de l'équilibre entre le bien et le mal. Et justement, ces trois inconnus étaient trois
des six Potentiels. Mais ce n'étaient pas trois hommes, c'étaient trois femmes. Ellora les accueillit en secret et leur offrit une chambre. Les trois Potentielles la remercièrent
chaleureusement. Elles ajoutèrent:
- Nous sommes venues comme nous l'a demandé notre frère d'âme pour enseigner la magie élémentale à trois de vos étudiants.
C'est vrai, qui avait-il de mieux que les Potentiels pour enseigner la magie élémentale? Eux qui l'avaient apprise auprès des dieux eux-memes.
- Nous ne voulons pas que nos véritables identités soient connues. Aussi aimerions-nous que vous nous appeliez Brisin, Astriel et Heriale.
- D'accord, il en sera fait selon votre désir.
- Merci infiniment.
Le lendemain, Satinka, Morgane et Mey-Ling firent la connaissance des trois Potentielles.
- Je m'appelle Bridin, dit la première à Satinka. Je suis une élémentaliste du feu.
Bridin,en langage ellyndrel (les Ellyndril étaient un peuple vivant sur Astraië, enfin sous Astraië), signifiait Caractère de Feu et c'était un surnom qui lui avait été
donné des millénaires auparavant. Il se mariait très bien à son esprit flamboyant.
- Mon nom est Astriel, dit la deuxième à Morgane. Je suis une élémentaliste d'eau.
Son surnom lui avait aussi éteédonné par les Ellyndril, quelques millénaires auparavant, et sa signification était Argent Saphir. Cela était dû à la couleur bleue de sa peau et aàses cheveux
argentés.
La troisième s'appelait Heriale, elle était magicienne de l'air, comme elle l'expliqua à Mey-Ling, et son surnom, toujours donné par les Ellyndril quelques millénaires auparavant, voulait
dire Douceur. Et c'était bien la douceur qui se dégageait d'elle.
Les cours de magie élémentale étaient éprouvants et leurs enseignantes ne les ménagèrent pas. Le soir, Mey-Ling, Satinka et Morgane allaient se
coucher rompues. Les semaines passèrent ainsi, l'automne arriva et Morgane n'avait toujours pas de nouvelle de ses amis. On n'entendait plus parler du magicien non plus.
Tout le monde dormait tranquillement, sauf, dans la chambre mauve du quatrième étage.... Morgane grelottait de chaud et de froid. Elle ne
le savait pas mais de grosses larmes coulaient sur ses joues déjà trempées par la fièvre. Prévenus par un Caché qui passait par là pour raisons urgentes et personnelles et qui avait entendu
les gémissements, Vanel et Ellora la surveillaient avec anxiété et essayaient de faire tomber sa température.
- Regarde, Vanel! chuchota tout à coup Ellora, angoissée.
Il regarda ce que lui montrait la jeune femme. Sur le front de l'adolescente d'autres arabesques faisaient leur apparition. Celles-ci étaient aigue-marine ou topaze bleu et pulsaient à toute
vitesse, causant de vifs maux de têtes à la jeune fille.
- C'est la magie qui lui fait cela, dit une voix dans leur dos.
- Pourquoi, Astriel?
- Parce qu'elle est humaine et que, contre-nature, elle peut utiliser la magie.
- Va-t-elle en mourir?
- Non, elle va beaucoup souffrir, mais cette souffrance la rendra plus forte.
- Nous n'aurions jamais du l'y initier.
- Vous n'avez pu faire autrement, elle s'est engagée dans cette voie sans le vouloir, mais elle n'a pas reculé devant la difficulté. Vous la tueriez si vous lui supprimiez la magie. Grâce à elle,
elle s'est trouvée une famille, des amis. Tenez, voici une potion. Elle fera baisser sa température et calmera ses maux de tête.
En effet, une fois que Morgane eut bu de la potion, elle s'apaisa et s'endormit.
Samhain pointait son bout du nez et la jeune fille était toujours très faible. Pour lui redonner une bonne santé, les Potentielles lui
donnaient à boire des potions dont elles seules avaient le secret des ingrédients et de la préparation.
Yule arriva et Morgane était mieux. Elle pouvait marcher, sans l'aide de personne, courir même. Cependant, elle devait se reposer
beaucoup. Ellora supposait qu'il faudrait attendre Imbolc pour qu'elle aille vraiment mieux.
- Eh bien, ce n'est pas rien la magie, fit remarquer Loup, en la voyant si blanche.
Morgane lui fit un sourire et demanda:
- Il paraît que vous avez du nouveau sur ce mystérieux magicien?
- Oui, répondit Owen. Il est dans le village avoisinant la forêt.
- C'est notre chance, demain nous nous déguiserons et irons à sa rencontre.
- Tu es folle! Pas dans ton état! s'exclama Mey-Ling, inquiète.
- Moins fort, s'il te plaît, nos protecteurs pourraient t'entendre. Je ne suis pas folle et je vais parfaitement bien. Un peu d'exercice physique me ferait beaucoup de bien.
- Je suis partante, dit Satinka d'une voix laconique.
- Moi aussi, ajouta Owen qui avait envie d'exercice.
- Je préfère rester ici, dit Mey-Ling.
- Je n'ai pas fini d'étudier mon livre de psaumes, répliqua Blanddeein.
- Et moi, j'ai été invité par les sphynx à une partie d'énigmes, acheva Loup.
Le lendemain, Morgane,Owen et Satinka, deguisés en parfaits humains, sortirent en cachette de l'arbre-maison. Ils constatèrent que personne ne se
promenait dans la forêt.
- Je me demande bien pourquoi, remarqua Morgane.
- Les gens ici ne sont pas très friands de la nature, expliqua Owen. Ils préfèrent la securité des murs.
Ils pénétrèrent sans encombres dans le village. Pourtant, Satinka et Morgane ne se sentaient pas très à l'aise. Tous ces gens qui allaient et
venaient, couraient, criaient, chantaient, vantaient leurs marchandises, marchandaient, s'insultaient, troquaient, s'amusaient avaient de quoi impressionner.
Personne ne leur prêta attention. C'était rassurant. Ils se mêlèrent à la population et laissèrent leurs oreilles traîner, tout en remerciant mentalement Ellora de leur
avoir enseigné la langue du cru.